samedi 24 novembre 2007

Mars 2007: Descente vers Valdivia - semaine 1

Des Iles Galapagos au Chili – Valdivia (39°.49.480 S – 73°.15.098 W)

But du voyage: Isabella vers Valdivia : +/- 2600 Miles si route directe une possibilité d’escale par I’Isla Robinson Crusoé (Iles Fernandès).
Conditions navigation : au près avec vents faibles SE - cap le plus Sud/E possible mais une dérive Ouest prévue vers l’île de Pâques. Vers 30°/35° Lat Sud on doit toucher vents SO/O générés par l'Anticyclone Pacifique Sud. On pourra alors faire un cap direct vers la côte chilienne et Valdivia .

Jeudi 8 Mars 2007 (1er Jour)
GPS : 8998 Milles Log : 10351 - moteur : 1361.5 hrs Cap : 168° - Wind : EST/faible – Mer : calme

8h30, on dérape l’ancre, salués par les cornes de brume et les encouragements des autres voiliers (tous remontent vers les Marquises). Nous formions depuis longtemps pour certains, depuis Colon-Panama pour d’autres, un joyeux groupe avec toujours le plaisir de se retrouver sur les escales de nos voyages, que d’histoires et d’expériences vécues, hommes et femmes bien dans leur tête, simples, heureux de vivre le Voyage, l’ Aventure, leur Rêve.
La mer est calme et au moteur, Azzar et Petrushka se dégagent des hauts fonds et récifs d’Isabella.Vent d Est 10 nœuds, on hisse toute la garde-robe, cap 164° sur Isla Robinson Crusoé à +/- 2100 nautiques. Petrushka glisse 3.5/4.3 nœuds, je débranche le pilote, règle l artimon et comme un grand, mon fier bateau se prend en main, je le sens heureux de courir à nouveaux sur les flots, d’humer les bons vents et ensemble en s’épargnant, atteindre au mieux notre destination, Valdivia –Chili Sud.
On s’organise à bord, Carlos un peu vaseux, dort beaucoup mais se réveille à la bonne odeur de la sauce spaghetti qui mijote avec de bons légumes frais.
La nuit arrive, pas de quart ce soir, je laisse Carlos se reposer, il dormira jusqu'au lendemain 6h00 !!!
Je me lève toute les heures coup d’œil aux voiles, aux instruments, corriger un peu le cap en fonction des humeurs d Eole et retour dodo avec Nounours dans mes bras. Vers 02h00, le vent tombe, moteur, j’en profite pour recevoir et envoyer un SailMail à Chouchou, les nouvelles sont bonnes, c’est super de pouvoir garder un contact. Je reçois aussi un fichier grip météo des vents pour les 3 prochains jours, pas jojo, vents faibles ENE tournant au NW ! La ZCI « Le Pot au Noir » est proche . Nuit calme je fais de l’eau avec le désalinisateur, c’est le principe, dès que le moteur tourne, faire le plein d’eau et charger les batteries.

Dernière Soirée à Isabella, fraternité des équipages, Gégé et la baronne Régine...



Vendredi 9 Mars 2007 (2ème Jour)
Position : 02°.15.252 S – 90°.34.288 W GPS : 9087 N - Cap : 168° - Wind : NE variable et faible. 89 miles parcourus en 24 hrs moyenne: 3.7 nœuds dont 6h00 au moteur.

Vent NE 10/12 noeuds 87/102° bâbord mer peu agitée faible houle - T° mer 27.3° on avance 4.5/5 nœuds avec un courant traversier Est de 1.5 nœud. Toute la journée le vent a faibli, j’appuie au moteur pour compenser le courant d Est. J’occupe Carlos un maximum pour lui faire oublier le mal de mer, faire du matelotage en réparant les filets des filières, il s’adapte très doucement et trouve lentement sa place à bord, rend de petits services, déplacer les panneaux solaires, taud, un peu de vaisselle, pêche, mais de ce côté toujours rien. Il est très calme et mélancolique, parle souvent de son pays basque, de ses parents, de recettes culinaires basques, vraiment cela se passe bien. Il fait très, très chaud. Dans l’après midi Carlos a le mal de mer, normal avec ce très fort roulis. Préparé un bœuf bourguignon avec carottes fraîches, pommes de terre et comme dessert notre dernier ananas. Mon équipier mange un peu, double dose de pilules et dodo. On attaque la nuit 100% sous voile, mais vers minuit je rentre le génois, installe la suédoise, laisse l’artimon les deux bordé plat pour réduire le roulis, c’est la pétole totale mer calme longue houle sous un croissant de lune d’argent, moteur 1600 rpm , une lampe solaire à la poupe, une à la proue et vite au dodo par tranche de une à deux heures, Carlos passe sa nuit totale dans la cabine avant . A 03h00 via SailMail, je reçois fichier météo, faudra descendre jusqu'à 6° lat S - 90° W pour retrouver un vent entre 10 et 20 nœuds. On entre dans la ZCI =Pot au Noir de l’Hémisphère Sud Pacifique.




Non c’est pas Mon Chouchou....beaucoup trop calme c’est..... hélas oui... c’est le Pacifique le jour de son Baptême.....super trompeur le PTit Bout, savais pas que plus tard... il allait être caractériel......



Samedi 10 Mars 2007 (3ème Jour)
Position : 03°.58.534 S - 90°.01.188 W GPS : 9197 Cap : 168° Wind : NNE variable
110 miles parcourus = 4.58 nœuds dont 15h au moteur faute de vent : Traversée du Pot au Noir (ZCI)
Mer peu agitée longue houle faible - moyenne.

Pénible cette absence de vent, moteur régime lent toute la journée sur un cap direct 162°, on trie les légumes et fruits qui mûrissent un peu vite, nettoyage du cockpit et rinçage du pont, la mer est d’huile et parcourue par une longue et profonde houle. Entre les petits jobs habituels à bord d’un voilier en croisière, on sommeille on lit, actuellement c’est les navigations de Vito Dumas entre1932- 1946 qui me passionnent.
Impressionnant à cette époque les conditions de navigation et de vie, une abnégation totale, que de souffrances mais aussi quelle connaissance de la mer, de la navigation et l’interprétation simple du temps avec un baro, un thermomètre, quelques infos générales, on ne peut avoir que du respect devant ces marins pionniers. De nos jours on navigue avec une instrumentation précise et sécurisante, GPS, Radar, cartes et fax Météo sur Ordinateur. Quel mérite a-t-on sinon de vouloir le faire, un défi personnel calculé, préparé, et surtout une grande soif d’Aventure, d’aller voir ailleurs, de connaître par soi-même ce Monde.
Au menu ce soir, poulet curry, pâtes et petits pois, un plaisir de cuisiner, quelle relaxation .....
Cet après midi Carlos est à nouveau malade, à l’extérieur toujours couché dans l’endroit le plus à l'ombre.
Tous les jours, matin, midi et soir, j’ai un contact BLU avec Claude sur Azzar, il est dans mon Est à environ 100 mile sur la même latitude, idem pour lui, peu de vent, il a choisi l’option de se rapprocher de la côte. C’est bien agréable de converser quelques minutes, d’échanger nos impressions, conseils etc.... on opère sur différentes fréquences suivant l’heure et la qualité de la réception. Je peux aussi capter des émissions radio comme la BBC , Deutche Voche, Cuba, Hilversum des Pays Bas mais rien en français, dommage. Toujours rien vu, ni sur l’eau ni dedans, c’est un vrai désert à part quelques oiseaux. Vers 17h00, l‘ horizon à l’Est devient bien noir, la mer est d’huile, un grain se prépare. Pendant le repas à 18h00, j’arrête le moulin et dans le calme on se laisse dériver. Le vent tourne lentement sur l O-SO, 19h00 je renvoie le genois avec 12/15 nœuds de vent, solent et artimon on avance entre 4 et 5 nœuds, c’est bien agréable d’ avancer « à voile plutôt qu’à vapeur..... »
Hélas à 02h30, moteur, car Eole va se coucher et Moi son serviteur je me lève pour ranger la garde robe mais comme d’habitude « pour faire voilier » je laisse le solent et l artimon surtout pour réduire un peu le roulis car la houle est forte. Je dormirai par tranche de 2hrs, réveillé souvent par Carlos qui n’est pas bien, il va et vient entre sa couchette et le cockpit ou il fume cigarette sur cigarette, il est vrai que cette navigation au moteur avec la houle de travers, rend la vie a bord un peu... beaucoup... très inconfortable.


Dimanche 11 Mars 2007 (4ème jour)
Position : 05°.22.745 S – 89°.38.549 W GPS : 9298 Cap : 220° - Wind : SSE variable vers SE
101 miles parcourus = 4.20 nœuds dont 14.6 hrs au moteur : faute de vent Traversée du Pot au Noir- ZCI Mer calme un peu ridée longue houle moyenne à forte.

Une carte météo reçue cette nuit me donne une zone de vent entre 6/8° Lat Sud, touchons du bois avant
d espérer toucher du vent. 5h30 debout, le ciel est de plomb, la mer noire, superbes couleurs quand Eole et Neptune ne sont pas d’accord !! mais certain, il y a du grain dans l’air, une grosse masse nuageuse passe sur notre bâbord arrière, on voit les trombes d’eau entre l’océan et le ciel. 09h00, Carlos se lève, groggy, pas bien du tout, je lui fais un café léger et il retourne se coucher jusqu'à 11h00. Vacation radio avec Claude, idem sur sa zone, grains plus fréquents, vents très faibles, lui va rester sur l’Est où il pense toucher une petite zone de vents SE. Je répare la fixation du coulisseau supérieur de la grand’ voile et dans l’espoir de trouver du vent, je fais l inspection générale extérieure. Haubans, drisses, réduis un point d’usure sur l’écoute bâbord, contrôle niveaux moteur et presse étoupe et fais aussi un peu « La Fée du Logis ». Toujours très chaud le pont en teck est brûlant. Carlos n’est pas « dans son assiette », petite mine, je le mets à la diète, eau, corn flakes et... surtout cigarettes confisquées, deux cachets contre le mal de mer, une serviette humide sur le front, . .. il dort. Vers 14h00 il se lève et veut faire la vaisselle, .... je ne suis pas rassuré ... premiers signes de folie... ? Je lui file un seau d’eau de mer et vais préparer la mise en place de la Suédoise (la seule femme à bord, hélas de nom seulement ...) Quinze minutes après, je vois mon Carlos bondir dans le cockpit, livide, « ma qué désolé, mais peu pas continué criiisiitiane » 2 cachets en plus et il file se recoucher. Le vent s’établit lentement, je hisse la suédoise et prépare tout pour le Grand Retour d’Eole. 16h00, c’est parti mon quiqui, 15 nœuds SSE, près serré, Petrushka bondit toutes voiles dehors, super voilier il adore cette allure pas trop gîté car la mer est encore calme : cap au 202°.
Un grain arrive, je cours tout nu sur le pont pour me laver, la surface des voiles permet de recueillir pas mal d’eau, super sensation. Dans le carré les objets on la bougeotte, signe de vent. En début de nuit on passe à 20 nœuds, la lisse dans l’eau, à l’intérieur faut s’accrocher et avoir des talents d’équilibriste, Carlos comme un chaton est en boule dans la couchette avant, au passage il émerge et me demande « criiiistiane, esseque ca va bienne » On trace entre 5.5 et 7 noeuds sur le fond. Depuis 22h00, j’abats progressivement,car la mer s’est creusée, la houle est surmontée de petites vagues déferlantes qui nous prennent tribord, par moment une belle claque fait gémir Petrushka, j’abattrai toute la nuit jusqu'au 240°. Un va et vient permanent entre ma bannette et le cockpit, vers 04h00 cela se calme un peu, vite un contact avec SailMail car de nuit la fréquence est plus stable via station de Panama. Suis fatigué, chez moi c’est les douleurs au dos qui donnent l alerte, besoin de me reposer, j’ai pas mal donné depuis hier, j’ai besoin de dormir un peu.


Carlos est malade ? a froid ? il fait 20°.... vive le Sud, ..... ça conserve ... les corps-morts ...


Lundi 12 Mars (5ème Jour)
Position : 06°.40.584 S - 91°.01.000 W GPS : 9418 Cap : 216° Wind :SE s’établissant
120 miles parcourus = 5 noeuds de moyenne dont 8h00 au moteur le matin faute de vent
Mer agitée et houle moyenne - sous voile à partir de 15h00 sog : entre 5 et 6.5 nœuds.

« Oh quelle nuit, je me souviens d’avoir danser le chachacha » chantait-on dans ma jeunesse.
A 6h00 un peu groggy mais heureux de revoir le jour, c’est fou comme la nuit donne des proportions énormes aux vagues, à la vitesse du bateau, à la réalité du danger, on réalise que tomber à la mer, c’est la fin, la mort, alors on s’attache encore mieux et l’on réfléchit avant de se balader sur pont.....
Tour d’horizon du ciel, de la mer, coup d’œil au matos à l’extérieur, aux voiles et je resserre le vent cap au 205°, le genois trempe ses moustaches dans l’écume de la proue, je fais attention à la hauteur des vagues, faudrait pas que l’une d’elles le frappe car avec la gîte, il est très bas sur l’eau et cela ferait de la casse. Sog : 6.5/7 nœuds, on regagne sur bâbord le XTE (écart de route) perdu la nuit en abattant Ouest, le ciel est couvert, la mer est grise elle n’a pas bien dormi, moi non plus, Carlos lui dort toujours....
Le vent se maintient entre 15 et 20 nœuds SE, les prévisions étaient donc bonnes. Carlos émerge, l’air goguenard « yé commé l’imprezionne d’avoir buvuué toté la nuiuit...eh cristiaanne » bol de corn flakes, une clope et cela a l’air d’aller. Moi, comme d’habitude après une nuit d’amour ... avec la mer, j’ai un petit creux donc « Super petit » déjeuner, un reste du repas de la veille, cuisse de poulet, une patate, carottes, nappés d’une omelette et pour chasser le tout ... bien bas, un coup à la bouteille de Gato Negro chilien, délicieux, surtout que la préparation a été de la grande voltige, Carlos me regarde avec effroi... «tuutuuu yéyé y’étais pas yamais malade ?crisitiaaan » La mer est bien formée, belle houle 3/4 m surmontée des vagues déferlantes et vicieuses qui frappent Petrushka 30° bâbord avant, chaque fois comme un coup de frein et ensuite une nouvelle accélération, on croirait que Petrushka poursuit la vague qui l’a giflé, mais à voir l’écume sur tribord il est certain qu’il l’a bien écrasée.... l’impertinente.
J’entends un bruit anormal cabine avant, horreur... en se levant Carlos ayant besoin d’air frais a ouvert les hublots, en plus d’air c’est la mer que son petit bordel a reçu, tout est bien mouillé il faut tout faire sécher heureusement les matelas ne sont pas atteints. Il doit avoir un problème le Mec avec... la réalité vécue....
7h30, vacation radio avec Claude, 150 milles dans mon Est, tout est ok pour eux, ils ont eu un beau grain, ils font un peu plus d’Ouest, donc on reste à la même latitude.
11h00 : un thonier moderne sur notre tribord arrière, avec un petit hélicoptère à bord, je demande à Carlos de l’appeler sur la VHF, origine Colombie, il pêche sur zone mais pas beaucoup de prises, l’eau trop chaude toujours l’influence d’El Nino, une sympathique conversation entre eux et nous.
Quelques tours de rouleaux au génois pour remonter le point d’écoute, la mer est trop creusée.
Cet après midi Carlos va encore moins bien, couché dans le cockpit amorphe « pourvu qu’il ne se laisse pas mourir si vite... » Je prépare un repas léger, tuna, riz et la bonne compote de pommes des conserves HAK, bien de chez nous, vendu souvent en boucherie, toutes ces variétés de conserves sont excellentes, je vous les recommande si vous décidez d’un pique-nique en forêt entre amis aventuriers...un peu fou...
19h00, la nuit tombe Carlos est heureux car il se recouche jusqu'à demain .... Petrushka trace à 5,5 nœuds son étrave rejette les vagues fluorescentes, le plancton scintille tout autour, le sillage est superbe beaucoup plus visible de nuit que le jour. 20h30, je place deux lampes flash sous l’artimon et je vais me coucher. 01h30 réveillé par l’accélération du bateau, le bruit de l’eau sur la carène, j’ai dormi plus de 4h... super, un grain passe, 23 nœuds, prends 5 tours de rouleaux dans le genois et remonte au vent, le bateau est ardent avec ses voiles d’avant, je gagne facilement 20° au vent, cap 200°, lisse tribord dans l’eau on file 6.5/7 nœuds sur le fond, le pied total, je me régale durant une heure à la barre , vitesse et cap, quoi demander de plus pour rendre le marin heureux. A 3h00 je me recouche après le contact SailMail, Mon Chouchou est à Tananarive, à elle l’océan Indien, à moi le Pacifique, quel couple d’enfer on fait tous les deux et en plus on est heureux car plein de projets futurs en commun, une vie pas banale.
05h00, rebelote, hausse du vent, je bondis vite, réduire à nouveau et remonter au vent, cette fois je fais mieux, 180° et sous les rafales 170°, gîte maximum, ma gymnastique matinale. Fait toujours doux, donc tee shirt et bermuda, super on régate ferme pont tribord dans l’eau. Rien que du bonheur, Le Pied.


Mardi 13 Mars 2007 (6ème Jour)
Position :08°.24.940 S – 91°.47.413 W GPS : 9532 Cap : 195° Sog: entre 4.5 et 7 noeuds.
115 miles parcourus = 4.79 noeuds (moteur : 2h pour recharge batteries et désal)
Mer avec houle moyenne surmontée de petites vagues déferlantes Wind : SE établi entre 8 et 15 nœud

06h00, l’aube me trouve prenant calmement ma tasse de café, le vent est retombé à 11/13 nœuds, ciel couvert de nuages de pluie, le baro remonte un peu, le soleil essaye de se frayer un passage pour voir son ami Petrushka faire son chemin vers le Sud. Je suis heureux, un solitaire pas seul, mon équipier dort toujours. La situation est idéale, je m’occupe de tout et je ne suis pas seul, car quand il ne dort pas ou n’a pas son MP3 dans les oreilles, on échange quelques phrases, « tu vas mieux... ? que veux-tu manger... ? on fait un bon cap.. ? etc... » rien ne l’intéresse sinon échapper à ce mal de mer, les pilules+ son thé camomille qu’ il boit au litre, le plonge dans un état « de zombie proche de la lévitation » si cela continue, je lui attache une patte, car je ne tiens pas à le retrouver en haut du mât.
Le pauvre, je ne sais s’il ne regrette pas un peu...., mais tant qu’il ne me demande pas d’envoyer un dernier mail à sa famille, il y a de l’espoir d’en faire un futur « torero marinos ». Rassurez vous, je le soigne bien, le réconforte comme une mama,... en somme tout baigne..... sauf Lui.
Il est vrai, qu’ une navigation au près serré toutes voiles dehors, SI ...en plus je cravache ferme, c’est pas du gâteau, faut toujours se tenir, faire le pingouin sur une patte, puis sur l’autre dans un cigare de bois qui roule et tangue, tout valdingue, un équipet s’ouvre, ... vlan un concert de casseroles comme une fanfare luxembourgeoise (salut Peggy) ensuite c’est un CD qui traverse le carré cherchant le lecteur (non c’est pas la bonne direction... ) rien qu’à voir l’inclinaison du réchaud t’as compris que c’est « Le Lac des Cygnes » et qu’il va y avoir du ballet musclé, pas pour donzelles en tutu.... bien qu’un p’tit rat à bord ne me déplairait pas. Tout devient question d’équilibre et d’anticipation aux réactions du bateau, j’ai mis des années à acquérir ce sens supplémentaire et encore aujourd’hui je me fais surprendre. Ce matin, caleçon sur les talons, debout dans la toilette, j’enduisais méticuleusement mes pauvres fesses de crème « à traire » je précise les fesses et rien d’autre..., au moment ou je veux prendre une « noisette de crème onctueuse » le pot dans une main, mon bon doigt dans le pot, mais ...vlan... coup de roulis, c’est ma main dans le pot et mon front sur la cloison, face à la glace, ça fait un peu mal ... mais j’étais hilare, car dans l’autre sens, je ne sais pas ou mon doigt aurait fini.... non c’est pas une devinette, c’est du vécu !
14h00, le vent faibli en accord avec le grip météo, je dois m’attendre à 12h de vents plus calmes, entre 8 et 12 nœuds, trop faibles pour Petrushka pour une allure au près, donc j’abats vers le SW 215° pour garder une vitesse honorable entre 4/5 nœuds. Après-midi calme, je prépare une sauce spaghetti avec les tomates mûres, lis un peu, mon esprit est ailleurs, il est malgache, une partie importante se joue pour chouchou, pour nous deux, un virage à 90°, un autre choix de vie pour 2/3 années à venir avant de reprendre le voyage, mais quel que soit le résultat, l’avenir est ensemble, ailleurs.
Ouf, mon Idalgo a bien manger son assiette de spaghetti au parmesan, à le voir manger, je me demande s’il me fait pas une « inteligensia grossessa nervosa » cad traduction termes médicaux du livre médical de bord: Je Pense donc je Suis... mais Yéé Suis Malade, Yéé, Dors .. Yéé Mange .. Yéé re-Malade et Yéé Redors et (dans un moment de lucidité.) ... eh eh Caramba ah quel hora la comer...... ainsi comme cela en boucle ... on vit indéfiniment,...et .... on fait le Tour du Monde sur...Un Voilier !!!!
22h00, le vent est déjà de retour, 13/15 nœuds cap 195° sog 4.5/5 nœuds.
01h30, 18 nœuds vent SE, 4 tours de rouleaux dans le génois, la mer devient forte.
04h30, cela se corse, 20/25 nœuds établi, mer difficile 8 tours de rouleaux dans le génois sog 6.5/7 nœuds, dur, dur à l’intérieur, cap 175/185° au près serré lisse dans l’eau, très fatiguant, mais faut conserver de la vitesse pour pas piocher dans les vagues que l’on coupe à 30° bâbord. Très fatiguant physiquement et nerveusement comme toujours dans l’obscurité. J’attends le jour avec impatience.


Mercredi 14 mars (7ème Jour)
Position : 10°.11.96 S – 92°.24.458 W GPS: 9647 Cap 180° (plein Sud) Sog :entre 5.5 et 7 nœuds
115 miles pacourus = 4.79 nœuds - moteur : 2hrs recharge batteries et désal.
Mer formée, houle de SE courte creusée avec petites vagues déferlantes sur le sommet
Wind : SE 4/5 beaufort 18/20 nœuds + rafales à 6 be = 24 nœuds.

Bonjour gentil mercredi matin tant attendu, enfin voir l’état de la mer, est- t’elle aussi impressionnante que la nuit ? Elle a changé de robe (normal c’est une fille qui n’a pas rien à se mettre...Elle !) houle courte de SE avec vagues déferlantes, le résultat de son flirt avec Eole cette nuit, Madame est décoiffée...
Moi et encore moi, je suis fatigué de cette nuit passée « dans le tambour d’une machine à laver » mais je garde le moral car on avance vite sur un bon cap. Des différents waypoints de parcours établis au départ suivant les Pilots Charts, je vais court-circuiter le deuxième, au moins 300 miles de gagné.
A la voile une route directe d’un point à l’autre est rarement possible, cela à cause du régime des vents et de l’ influence des courants pour chaque mois de l’année sur les mers et océans. Cette année les Alizés de SE sont anormalement forts, toute la zone est perturbée et la mer est de fait très agitée. L’effet de serre, la pollution, tout ce que j ai vu sur l’eau depuis mon départ, il est temps de réagir, d’en parler, c’est GRAVE.
Je dispose à bord sur l’ordi, d’un programme statistique des Pilots Chart américaines , vents et courants sur zone naviguée depuis les 10 dernières années. Je rentre mon point de départ et celui d’arrivée, les caractéristiques de Petrushka et le programme calcule et m’ optimise la meilleure route pour la période du mois de mars, vents et courants, mais la météo sur zone est un paramètre très important qui permet de gagner ou de perdre sur cette route proposée, d’où l’importance des infos météos que je peux recevoir via la radio BLU. Ainsi si une route directe = +- 2600 milles, en réalité il faudra en faire près de 3300 dans le meilleur cas, une sacré différence « c’est pas l’horaire précis du tram 33.... pour retrouver Mathilde »
Toujours surveiller son cap en fonction des changements d’orientation et la force du vent. Sur cette partie du trajet, j’ai une dominante de vents SE-SSE et en fonction de leur force je gagne dans le Sud car Petrushka est un voilier de près, beaucoup de voiles sur l’avant pour le rendre très ardent, je peux ainsi naviguer « toujours dans le rouge du cadran anémomètre, cad 50>30°du vent pour gagner des milles mais c’est très inconfortable, très gîté, toujours la lisse dans l’ eau ...à l intérieur, une patte plus courte que l’autre et s’accrocher en permanence et si le vent faibli j’abats vers le SO pour garder une vitesse honorable, mais je fais plus de chemin, un vrai dilemme avec lequel il faut vivre en permanence, un peu usant....

Avant de vous parler de Carlos, je voudrais vous parler de mon fidèle et précieux équipier, « Raymond de son prénom ... Barre son nom de famille » un vrai pro, un pur, discret comme pas possible, il s’entend à merveille avec Petrushka, qu’il guide docilement vers le but. Plusieurs fois par, jour je lui parle via le Gps, lui demande de faire un peu plus de Sud ou d’Ouest, toujours il répond « présent » parfois quand la mer ou le vent le taquine, il miaule, me demande un peu de vitamines, cad je lui permets de réagir plus vite et plus fort « c’est le temps de réponse de 1 à 9, lui presque toujours sur 1 parfois 2.... Chouchou elle ! c’est toujours sur 9....mais je l’aime comme cela ... »
Depuis le départ, j’ai peu barré, seulement pour me faire plaisir, ce qui me permet de régler les voiles, de faire le ménage, de dormir rassuré, enfin presque, de cuisiner de bons petits plats et d’écrire ce récit, quel bonheur, j’ai l’impression de ne pas être seul...« non Cris t’es pas tout Seul comme dis le Grand Jacques », t’as encore Carlos.... ou les miettes... j’appréhendais son réveil... de la couchette au WC à tâtons, barbe de 8 jours, les yeux à l’envers, cherchant ou s’accrocher, ensuite il vient vers moi qui suis assis à la table à carte , j’ose gentiment un : « Bonjour Carlos...... réponse : BBBBRRRLLL... »... il prends un bol et se prépare un corn flakes yaourt, je veux l’aider « BBBBBBRRRRLLLL » je crains déjà le désastre, il monte dans le cockpit, pose « bien sûr » son bol sur tribord « côté siège éjectable » et le temps de s’installer sur le banc bâbord, de feindre un geste vers sa pitance, NON « son bol dans un élan d’affection » atterrit sur son abdomen et y reste collé telle une ventouse « mierda , chili con carne et autres jurons .... en espagnol » je me précipite. Prostré, KO, il contemple son nouveau bronzage café con leche avec grains de beauté corn flakes, une tendance de la mode au près serré.
Je le réconforte, c’est pas grave... cela arrive souvent.. ? on va laver ton short O Neil de surfeur, t’en fait pas ... et je lui prépare un autre bol qu’il mange en silence en regardant l’infini de l’horizon.....
je m’inquiète aussi, car les conditions de nav ne sont pas faites pour améliorer sa santé et surtout son moral qui n’est pas bien solide. Le pire c’est quand deux heures plus tard il me demande si l’on peut pas changer de direction, pour avoir plus de confort... alors là super Cool, carte à l’appui je lui montre notre position, le chemin parcouru, ce qu’il reste à faire, ce que l’on a déjà gagné sur la distance mais que c’est désormais impossible, on irait à l’Ile de Pâques et on allongerait la durée du voyage d’une ou deux semaines, or il ne reste que deux +- 2 semaines jusqu'à Robinson Crusoé. Sans un mot il regarde le tracé sur l’écran ordi et
« comme le Chemin de Croix » ensuite résigné il s’installe au frais dans le cockpit pendant une heure. Super, au réveil de ma sieste il mange un pot de compote de pommes et deux œufs cuit durs.
« certain, il va peut- être survivre. »
Un requin de belle taille tourne autour de nous depuis plusieurs minutes, prodigieux la vitesse à laquelle il se déplace, le soir en remontant nos lignes de traîne, l’une d’elles est sectionnée net, un mètre de câble de frein de vélo complètement déchiqueté, il va pas le digérer le monstre.
Depuis ce matin, conditions vent et mer identiques, SSE 15>22 nœuds cap 175/180° sog : 5.5/6 nœuds.
Fin de journée Carlos mange un peu de pâtes au parmesan, on parle de son état, l’estomac tient moyennement le coup, petites doses et léger, mais c’est le psychologique qui craque, il m’avoue ne pas supporter cet environnement, toujours cet inconfort du bateau qui va dans tous les sens, le bruit du vent et de la mer, toutes ces nuits d’un sommeil inconfortable, aucun confort même aux toilettes ...qu’il ne peut rien faire à cause de sa fatigue, même lire est difficile, un stress permanent ... il a peur, je lui propose une douche à l’intérieur et mets Petrushka à la cape pendant deux heures pour le relaxer un peu avant la nuit.
01h30 le vent forcit 24 nœuds établis, la mer se creuse, suis réveillé depuis un bon moment par les réactions de Petrushka mais aussi par la voix de Carlos. Je vais voir, lui demande si ça va, il dort, parle à voix haute, son visage n’est pas beau, je le réveille, il va pas bien, il n’en peut plus. OK j’abats, grand plein Ouest vent arrière pour trouver un confort relatif pour le restant de la nuit. Un thé sucré tiède, deux biscuits, deux cachets, il se rendort. Moi je ne dormirais plus de la nuit car en plus de Carlos et de gérer le bateau vent arrière, s’ajoute le blocage de ma boite de réception SailMail, réception de messages trop longs, c’est pas la joie.
Avec le cap que je fais cette nuit, je serai à l’Ile de Pâques en avril pour vous envoyer les cloches....

Mon Passager Basque, sa position avec supos MP3 ....quand il n est pas couché malade ....

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