jeudi 22 novembre 2007

Octobre 2006: Puerto la Cruz, Tortuga, Roques, Aves, Bonaire

C’est à nouveau la découverte de coins de paradis…
Nous quittons Puerto la Cruz le 7 octobre. Nous avons en principe 48H pour quitter le territoire vénézuélien. Mais nous traînerons 3 semaines dans les îles avant de gagner un autre pays, Bonaire en l’occurrence, dans les Antilles néerlandaises. Il faut dire que nous ne risquons pas grand-chose à flâner en chemin : les contrôles sont peu nombreux dans les petites îles quasi inhabitées que sont Tortuga, Los Roques et Los Aves. Et puis les garde-côtes sont généralement compréhensifs et pour tout dire plutôt flattés que l’on apprécie tant leurs îles.

La navigation vers la Tortuga s’effectue par une nuit de pleine lune et une mer très inconfortable. Le vent nous pousse à 6,5-7 nœuds dans des vagues croisées. Un peu dur. Au petit matin, ça se calme et on peut savourer l’apparition de la terre. C’est toujours magique de voir se dévoiler une île petit à petit, de la deviner d’abord, de la distinguer nettement ensuite, puis de la voir préciser ses contours et puis tous ses détails.
Nous mouillons face à Cayo Herradura, au nord ouest du petit archipel. C’est un caillou minuscule avec juste quelques cabanes de pêcheurs. C’est loin de tout, calme et pur. L’eau est transparente et la terre cernée de sable blanc.

Au bout de trois jours, nous poursuivons vers Los Roques, archipel assez vaste, classé parc naturel. Là, de nombreux petits bijoux d’îles, toutes plus belles et sauvages les unes que les autres. Les récifs et cailloux à fleur d’eau sont nombreux et la navigation à vue est de rigueur. Prudence et œil de lynx sont les qualités maîtresses dans ces parages. Nous visitons presque tous les mouillages, parfois sans nous y arrêter, parfois en jetant l’ancre un jour ou deux. Nous avons envie de tout voir. Parfois nous sommes seuls et nous reprenons notre vie de Robinson, ailleurs il y a quelques bateaux. C’est un véritable paradis. Bien protégé. Pas de tourisme de masse.
Cayo Agua






















Carenero
















Sarqui
Oiseaux tranquilles














Baignades dans l'eau transparente

















Sur l’île principale, Gran Roque, la seule habitée, nous sommes étonnés de trouver de nombreuses posadas de charme (et souvent luxueuses). Mais les ruelles sont encore en sable et l’architecture locale simple et colorée est préservée. Quant à l’avitaillement, il reste difficile. Un bateau vient une fois par semaine du continent pour approvisionner l’île. Il a dû passer plusieurs jours avant nous car nous ne trouverons comme produits frais que quelques vilaines carottes et 6 œufs. Mais ça nous suffit, nous avions prévu large cette fois.
Aux Roques, nous subissons de grosses averses et des orages plusieurs jours de suite. Nous avions presque oublié que nous étions en saison des pluies car nous n’en avons connu que rarement (ici aussi on parle de changements climatiques). La première pluie nous permet de récolter plus de 100L d’eau en moins d’une heure, avec la bâche prévue à cet effet, que nous déployons sur le pont. Ca tombe bien car nous n’avions plus beaucoup de réserve et nous n’aurons pas à trop solliciter notre désalinisateur. Vous ai-je déjà parlé de cette belle machine ? Il filtre 5 litres d’eau de mer par heure, ce qui nous fournit un appoint d’eau non négligeable. Elle est si bonne que c’est généralement celle que nous réservons à la boisson. Mais l’eau de pluie, c’est encore bien meilleur, car elle contient des minéraux.
Ce premier grain nous a aussi occasionné une petite frayeur : le vent fort qui l’accompagnait a fait déraper notre ancre et a posé Petrushka sur le sable. Heureusement, on s’en aperçoit rapidement et avec un bon coup de moteur nous nous dégageons et nous remouillons un peu plus loin.
Vues de Gran Roque




Ruelles et couleurs de Gran Roque
















Le 21 octobre, nous appareillons vers les Aves, archipel composé de 2 groupes d’îlots sauvages.
Le premier groupe d’îles, les Aves de Barlovento, est habité par des milliers d’oiseaux, essentiellement des frégates, des pélicans et surtout des « red foot boobies » , ou fous à pattes rouges. Ce sont de grands oiseaux aux pattes rouge saumon, palmées, et un bec très fort et bleuté.

Ces îles sont les premières depuis Grenade où nous trouvons de hauts arbres, qui sont en majorité de grands palétuviers, et les oiseaux peuvent y nidifier. Petrushka est ici aussi le seul bateau et nous pouvons tout à loisir observer les boobies avec notre dinghy, à la rame pour ne pas les effrayer avec le bruit du moteur. Ils ne sont pas farouches et on peut les approcher à quasi les toucher lorsqu’ils sont sur leur nid. Il y a encore des petits (un seul par nid), qui ressemblent à des peluches avec leur fin duvet blanc.

Nous observons les frégates, grands oiseaux à l’ample envergure et au long bec recourbé, qui en plein vol attaquent les boobies pour leur voler leur pêche. Les frégates ont du mal à pêcher : elles ne peuvent pas se poser sur l’eau car elles sont alors incapables de redécoller du fait de leur grande envergure.
Aux Aves, j’entreprends de grands travaux de couture. Nous avions acheté du tissu au Venezuela pour faire des tauds de protection solaire et des housses pour couvrir les moteurs hors bord. Je n’ai pas de machine à coudre et tout se fait à la main. Merci Maman de m’avoir appris les principes de la couture.

"Autel des voyageurs": certains bateaux de passages ont laissé ici un petite trace...

Nous faisons une brève escale aux Aves de Sotovento. Nous arrivons à la fin de la période de trois mois de notre permis de séjour sur le territoire vénézuélien. J’aurais volontiers passé quelques heures à plonger sur le récif de ce plateau coralien, mais Christian pense qu’il ne faut pas jouer avec le feu, déjà que nous en sommes à notre troisième semaine de ballade depuis que nous avons quitté Puerto la Cruz….

Nous partons donc le 25 octobre en direction de Bonaire, à environ 40 miles nautiques des Aves. Nous allons plein ouest, vent arrière. On doit tirer quelques bords car il nous est impossible de suivre le bon cap. Le vent est faible et notre Genois tient difficilement. On le tangonne (c'est-à-dire qu’on fixe à l’extrémité de la voile une bôme pour la maintenir en place) et ça va un peu mieux. Nous avançons lentement mais confortablement. Nous prenons rapidement conscience qu’il sera impossible d’arriver à Bonaire de jour. Peu importe, l’entrée est franche. Heureusement car la nuit est bien noire et les phares sur l’île ne fonctionnent pas. Face à Kralendyck, la capitale, il faut s’amarrer à un corps mort. On ne plaisante pas ici avec la protection de l’environnement.



La richesse principale de l’île sont ses fonds marins. Pas question d’endommager le corail avec des ancres. Nous ne pouvons qu’approuver.
Bonaire est l’une des îles A, B, C dans les Antilles néerlandaises. On sort nos quelques mots de Néerlandais. Mais ici, 90% de la population parle le papamiento, mélange d’espagnol de néerlandais, de portugais, d’anglais et de français.
Bonaire, c’est le retour à la civilisation bien organisée, avec des supermarchés super achalandés, de belles voitures, de belles maisons, et une vie chère, très chère ! Nous profitons de la voiture louée par un bateau ami pour visiter l’île, sa très belle réserve naturelle et ses salines. On y voit aussi des lézards et des iguanes par dizaines, des flamands roses, des ânes sauvages (qui étaient venus prendre le relais des travailleurs dans les salines après l’abolition de l’esclavage), des haies de cactus, de superbes spots de plongée. L’île se donne le nom de « Diver’s Paradise ».














Bonaire offre aussi d’intéressants sites géologiques. L’île s’est surélevée au fil des millénaires, par poussées sismiques, et on voit sur les différentes couches géologiques l’érosion causée par la mer et de nombreux fossiles. Sur les côtes, la terre rocheuse est elle aussi érodée et de grandes crevasses offrent le passage à des eaux tumultueuses qui viennent se fracasser avec grand bruit.












Ici, comme dans la mère patrie hollandaise, les routes sont plates et j’en profite pour sortir mon petit vélo pliant. Les voitures sont éduquées, elles ont l’habitude de partager le bitume avec les deux roues. Je sillonne donc l’île en pédalant. Quel plaisir (enfin, moins quand c’est contre le vent, fort puisqu’il ne rencontre quasi pas d’obstacles) !
On fait la lessive, on se réapprovisionne en produits frais, on refait le plein d’eau, puis on songe à repartir.

La prochaine escale sera Curaçao.












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