jeudi 22 novembre 2007

Juillet 2006: Grenade, Los Testigos, Margarita

A Grenade, nous sommes restés deux semaines encore, le temps de sortir Petrushka de l’eau pour lui faire son grand entretien ; carénage annuel et réparation de divers bobos. Deux semaines de travaux intensifs dans la chaleur torride du jour et les moustiques de la nuit. Et où dormons-nous quand Petrushka est à sec ? Et bien à bord pardi, au milieu des outils et de la poussière.
Remise à l’eau le 7 juillet. Petrushka est propre, frais et pimpant. Retour à St Georges pour quelques jours d’avitaillement. Quelques ballades encore avec nos amis Normande et Claude à travers l'île. Et Christian peut voir les derniers matchs du Mundial.

Le 11 juillet en fin de journée, nous quittons Grenade pour les Testigos, les îles par lesquelles nous ferons notre entrée sur le territoire vénézuélien.


Le 11 juillet à 18H30 nous quittons la belle Grenade pour une navigation de 95 miles vers « Los Testigos ». Nous quittons l’arc des Caraïbes pour le Venezuela, pays immense dont nous ne visiterons que certaines îles et une partie de la côte. J’avoue que nous avons un peu d’appréhension à aborder ce pays. Il est précédé d’une réputation de danger et d’insécurité. Les actes de piratage existent et sont beaucoup relatés à bord des bateaux qui font route vers ces latitudes dont l’avantage est d’être à l’abri des cyclônes. Dès juin/juillet, il est en effet plus prudent de descendre en dessous du 12° degré de latitude nord, et même jusqu’au 10°. Venant de la zone sud Antilles, la terre la plus proche est les Testigos, points minuscules, à environ 80 miles du continent.
Nous quittons donc St George’s vers 18H30, sous de grosses averses. Lorsque la nuit tombe, la pluie se calme, le vent aussi. Le ciel reste nuageux et la lune est cachée. La navigation est vent arrière, de 15 à 20 nœuds. C’est inconfortable. Je me repose un peu et je prends mon quart à 23H30. La navigation est meilleure. Nous filons à 6-7 nœuds sous la pleine lune. Nous croisons un seul gros cargo pendant mes 2H30 de quart. Christian prend le relais de 2HOO à 5H30. A mon réveil, il fait clair mais frisquet. Dès 8H00 nous sommes en vue des Testigos. La vigilance est recommandée car il y a des courants de 2 à 3 nœuds dans cette zone. Nous contournons les premiers îlots par le sud, pour aller vers Isla Iguana et Testigos Grande, les deux îles habitées. Nous ancrons à 10H30 en face d’Isla Iguana et nous allons nous présenter aux autorités, représentées par une dizaine de militaires. Leur petit groupe est relayé chaque mois. L’accueil est des plus sympathiques. Poignée de mains, présentation, paroles de bienvenue, décontraction et amabilité. On en veut bien encore des militaires comme ceux-là. Eduardo, celui qui remplit notre formulaire d’entrée, est de plus assez cultivé, et beau garçon avec ça ! Le tour du petit village est vite fait, il se limite à une vingtaine de petites baraques et quelques barques de pêcheurs.
Nous allons ensuite nous amarrer en face, à Testigos Grande, où un autre bateau est au mouillage. Ici, une dizaine de maisons sur la plage, dont une se prolonge par une terrasse avec quelques tables et chaises. L’enseigne est insolite en ce lieu : « Erotika té ». C’est un petit bar et restaurant, plutôt sommaire, ni propre ni bien tenu, mais nous allons y passer des moments inoubliables.
L’endroit est perdu, beau, sauvage et tranquille. Ce sont les vacances scolaires et la plupart des 300 habitants passe une bonne partie de cette période sur le continent, dans la famille ou chez des amis. Seuls restent quelques pêcheurs. Ils s’activent tôt le matin sur leurs barques à gros moteur dont le nez remonte très haut sur l’eau pour pouvoir affronter les courants forts.
Rapidement, nous faisons la connaissance de Chucha, la patronne d’Erotika Té. Elle nous explique que les pêcheurs sont en train de remonter une prise exceptionnelle dans la baie à côté ; ils ont emprisonné dans leurs filets plus de 40 tonnes de thon. Ils en remontent environ 10 tonnes tous les deux ou trois jours, ce qui représente la capacité de charge du bateau avec glacière qui fait la navette depuis Carupano, sur le continent. Les habitants conservent aussi une petite quantité de poisson pour eux. Le lendemain, les pêcheurs amènent sur la plage des centaines de thons frais remontés des filets. Tout le village est là, femmes et enfants compris. Les hommes s’installent sur la plage avec leurs couteaux. Les femmes montent des tréteaux et préparent de grands sacs de sel. Les hommes commencent à couper les poissons à même le sable. Ils jettent têtes et tripes à la mer qui devient vite rouge de sang. Cela n’empêche pas les enfants de s’y baigner, avec les chiens, au milieu des dizaines, des centaines de têtes de poissons qui flottent. Les femmes salent les poissons tranchés que les hommes leur apportent. Elles les empilent en gros tas. Ensuite, les poissons seront étalés à plat au soleil et sécheront quelques jours. Nous observons de près le travail des équipes. Nous les aidons comme nous pouvons, en amenant le poisson nettoyé auprès des femmes. Les hommes boivent beaucoup de bières légères qui sont stockées dans des frigos box. Julio, l’un des anciens, m’explique les opérations. Il me dépose au creux des mains des grappes d’œufs de poisson, en me certifiant que c’est meilleur que le caviar. Je demande à Chucha de me les garder au frais pendant qu’on prend un verre à Erotika Té. Sans rien dire, elle nous cuisine les œufs avec un peu de polenta. Dé-li-ci-eux.
Deux jours plus tard, grâce à Chucha, nous avons l’occasion de vivre avec le village la dernière remontée des filets, sur les barques de pêche. La dernière levée est la plus périlleuse. Les barques se rapprochent de plus en plus, jusqu’à se toucher, pour soulever le fonds des filets où grouillent et se débattent des thons d’une dizaine de kilos. Ils sont remontés un par un dans les barques, à la main. Les pêcheurs nous mettent en garde : il ne faut surtout pas tomber à l’intérieur des filets car on se ferait déchiqueter par les nageoires coupantes des milliers de thons, maintenant serrés les uns sur les autres, à s’étouffer. L’ambiance est très gaie, euphorique même. On fait partie de la fête, c’est extra.

Nous trouvons aux Testigos ce qui nous a manqué jusqu’ici dans les Antilles : de l’authenticité, de la simplicité, de la sympathie gratuite. Ici nous vivons calmement, sobrement, au milieu d’une population qui préserve son mode de vie loin de la société de consommation. Ici on se rend service, on échange un ou deux poissons contre quelques cigarettes ou un sachet de soupe. Pas question d’argent. Christian sort un jour son petit générateur et sa scie sauteuse pour aider un pêcheur à réparer sa barque. Nous sommes définitivement admis dans la petite communauté. Nous mangeons beaucoup de poisson. De toute façon, il n’y a rien d’autre ici. Aucun magasin à moins d’un jour de navigation. Nous nous approvisionnons directement auprès des pêcheurs, ou de Chucha. Pas question pour eux de se faire payer pour quelque chose qui ne leur a rien coûté. Chucha nous prête sa petite installation, son barbecue, ses plats et couverts, ses chaises, pour de petites fêtes que nous organisons sur la plage. Car plusieurs bateaux sont arrivés entre-temps, la plupart francophones. Tous semblent séduits par la beauté, la simplicité et la convivialité des lieux. Nous avons sympathisé. Il y a notamment « Lutin » et « Fidelio », deux bateaux français qui voyagent en famille, chacun avec 2 filles à bord, de 6 à 14 ans. Puis arrivent « Neblon », le voilier d’un couple belge, et « New Life », un couple suisse avec un petit moussaillon de 4 ans. Ensuite c’est « Joline » qui arrive au mouillage, de jeunes Français avec deux petits garçons et un troisième en préparation pour très bientôt (Viviane doit accoucher fin septembre). L’ambiance au mouillage devient festive ; on fête ensemble les 33 ans de Patrick, puis les 13 ans de Gaelle. On n’a plus envie de quitter les Testigos, Chucha, les pêcheurs, les plages sauvages et magnifiques, les militaires sympas qui viennent un soir fêter avec nous la promotion de l’un d’eux. Il y a une belle entente et une belle solidarité entre les bateaux de ce mouillage. Tous sont des voiliers de voyage. Fini ici les gros charters et catamarans de luxe qui ne s’arrêtent qu’aux mouillages où ils pourront trouver leur confort habituel, prêts pour cela à payer le prix fort.

La réglementation n’autorise que 3 jours de séjour aux Testigos. Mais Eduardo, notre militaire préféré et compréhensif est sensible à notre attrait pour l’île et, de prolongation en prolongation, nous y passons 2 semaines entières. Il faut pourtant bien poursuivre le voyage. Nous faisons nos adieux à Chucha et aux pêcheurs. Le 25 juillet, nous sommes 7 bateaux à quitter les Testigos à l’aube vers Margarita. Il y a peu de vent. Nous naviguons un moment tous dans un mouchoir de poche. Christian décide de sortir sa botte secrète. Nous envoyons notre beau gennaker rouge. Belle manœuvre. 145 m² de toile déployée d’un coup sur l’avant du bateau. Ca tire bien. On gratte tout le monde. Les autres n’ont pas de telle voile à poste à envoyer. On se prend de bons coups de gîte avec cette bête. Christian barre. C’est trop sportif pour laisser le pilote automatique travailler tout seul. On fait une pointe à 9,3 nœuds. Christian est ravi. Moi aussi.
Après quelques heures, le vent baisse, change complètement de direction, passe au SO, puis plus de vent du tout. Vers 13H, on remballe le gennaker. On n’a pas d’autre solution que de poursuivre au moteur jusque Margarita. Nous arrivons à Porlamar à 16H. Le mouillage est immense. Il y a au moins une centaine de bateaux. L’environnement est urbain et assez agressif. De hauts bâtiments pas très jolis ont poussé partout, puis se sont délabré, fissuré. Beaucoup sont abandonnés. Entre les immeubles, il y a de vastes zones de terrains vagues, sales et réputés dangereux. Lorsqu’on quitte la marina, il est recommandé de circuler uniquement en taxi. Les histoires de vols et agressions en tous genres circulent au mouillage. C’est gai !
En fin de journée, nos compagnons des Testigos arrivent les uns après les autres. C’est chouette de les voir mouiller tout autour de nous.
Le lendemain, chacun a retrouvé l’un ou l’autre bateau ami et chacun a recueilli son lot d’informations, parfois contradictoires. Les deux sujets d’intérêt essentiels sont la sécurité et les formalités d’entrée. Pour ces dernières, il y a un agent, Juan, qui peut s’en charger pour nous, moyennant finances. Nous avons déjà beaucoup entendu parler de Juan ; une aide précieuse selon les uns, un escroc selon d’autres. Nous choisissons de nous débrouiller tout seuls. Nous mettrons deux jours pour boucler l’ensemble des démarches pour nos six bateaux. Nous nous déplaçons d’un bout à l’autre de la ville ; 1) Immigration 2) File durant des heures à la banque Banesco pour payer une taxe sur un compte courant. 3) Photocopies de documents et recherche d’une banque internationale permettant d’obtenir du cash. Ceci se révèle très compliqué si l’on n’a pas de liquidités en devises, ce qui est le cas pour la moitié d’entre nous. 4) Ministère de l’Environnement et du Transport pour acheter des timbres fiscaux. Pas de chance, c’est fermé, il faut y retourner le lendemain. 5) Douanes. Le taximan a bien du mal à trouver le minuscule bâtiment caché en bord de mer. 6) Capitainerie. Là, aïe, aïe, caramba ! Capitaine Bolivar nous explique qu’on a commis deux erreurs. Il faudrait retourner à la banque Banesco et au Ministère SENIAT. Nous sommes dégoûtés. Face à notre moral en berne, Bolivar se montre arrangeant. Il compensera le trop versé sur le compte bancaire et le manque de timbres fiscaux avec les six prochains bateaux entrants qui choisiront comme nous la « filière libre ». Rares sont ceux qui osent se passer des services de Juan… Il nous faudra donc attendre quelques jours. Nous les mettons à profit pour faire l’avitaillement, pour habiller Christian qui doit rentrer en Belgique mi-août pour le mariage de son fils aîné (non vraiment Chouchou, même le moins crade de tes bermudas ne peut pas faire l’affaire !!), et pour faire quelques excursions sur l’île. La petite capitale administartive, Asuncion, est pittoresque et a un charme assez ... provincial. Sortis de la grande ville de Porlamar, l’île est assez jolie, avec des plages magnifiques sur la côte est. Mais elles sont surexploitées, on n’y trouve guère un mètre carré sans un transat, ou une boutique ou un bar. Et les marchands du temple sont partout, avec leurs bricoles et gadgets de toutes sortes. Margarita est une île en port- franc, hors taxes, et les Vénézuéliens un tant soit peu nantis viennent y goûter aux délices de la société d’hyperconsommation. On y côtoie le plus grand luxe des beaux hôtels et des complexes de boutiques chics, avec la plus grande misère. D’où la grande délinquance et l’insécurité.
Bref, cette île manque cruellement de charme et d’intérêt à mes yeux.

























1 commentaire:

LaRoka a dit…

bonjour,

je suis l'amie d'un fils de ChonChon et je vous invite à rejoindre

le groupe "Isla Los Testigos" que j'ai créé sur Facebook...

au plaisir,