dimanche 25 novembre 2007

Avril 2007: Descente vers Valdivia - semaine 6

Des Iles Galapagos vers Valdivia au Chili

Jeudi 12 Avril (36 ème Jour)
Position : 39°29.280 S – 78°04.400 W - GPS : 12708 - Cap : 65°>100° - Sog : 5>6 nœuds Reste 215 miles
milesMiles parcourus: 100 miles = 4.16 noeuds de moyenne Moteur: 2h00
Wind : W-WSW 4>5 Be - la nuit 18h00 : depression NW Gale 7>8 Be rafales > 43 nœuds
Mer: moyenne la journée mais à partir 18h00 de plus en plus forte avec déferlantes énormes plusieurs mètres
Ciel : Bleu prévisions mauvaises arrivée de plusieurs fronts froids et dépressions venues par le Nord.

Je reçois enfin mes grips météo, depuis hier la réception était mauvaise. Confirmation, les vents vont s’établir au secteur Nord pour les 5 prochains jours !!!!! avec plusieurs grosses dépressions.... Je choisis définitivement l’option Nord, je remonte sur ma route le plus Nord possible pour pouvoir ensuite redescendre sur la lat 40° vers Valdivia, plus de 100 miles perdus à faire du Sud ces deux derniers jours. Je mets beaucoup de toile et avec un Wind SW-WSW, faut remonter le plus rapidement sinon ça va être le bordel pour arriver à Valdivia. Je barre non stop, je suis très motivé car je sais que c’est important.
17h00 : le vent tourne au W-WNW, la première dépression, je me fais vite un spaghetti pour avoir des calories pour la nuit et pouvoir piocher dans la casserole les prochaines heures.
21h00 : wind NW 5>6 Be cap sur Valdivia, le vent monte, quelques tours de rouleaux dans le génois en prévision, car la nuit c’est toujours plus inquiétant on ne voit rien venir, on devine...
Reçois un dernier grip sur prochaines 12h, c’est pas du gâteau, vents NW 35/40 nœuds donc faut s’attendre à du gros temps. Carlos est paniqué à la vue du grip météo, ce qu’il craint le plus c’est de devoir faire des quarts la nuit.... je le laisse se reposer, de toute façon il n'est pas en état d’assurer un quart de façon lucide.
23h : Wind 6>8 Be, on est en fuite mais sur le bon cap, on file très vite, même forte la mer est encore acceptable. Je surveille le pilote depuis la table à carte, j’en aurai passé des heures face à l’écran d’ordinateur! J’ai le pantalon de ciré de Chouchou, confortable car léger, mes bottes, je peux vite agir dehors.
00h : Wind 7>9 Be avec violentes rafales > 43 nœuds, je réduis le génois à 10 tours de rouleaux on va trop vite, au delà de 8 nœuds en bas de la houle on se plante dans les vagues avec un choc très dur, c’est le problème lorsque le bateau est sous pilote, lui il fait son cap mais ne voit pas les déferlantes et on enfourne systématiquement, très mauvais pour le matos et le gréement. Souvent je reprends la barre 20 minutes pour soulager le pilote mais surtout pour me rendre compte des conditions de mer et vent.
03h00 : toujours mêmes conditions de vent, la mer se creuse, plusieurs mètres, je suis certain après avoir longuement regardé, les déferlantes sont au dessus de l’artimon qui mesure 7,50m, elles viennent à 150° tribord. Elles soulèvent les 14 tonnes de Petrushka comme une petite paille et l’emportent avec elles.
La nuit tu ne vois que l’écume blanche du rouleau au dessus de la vague et le bruit du roulement lorsqu’elle arrive. Petrushka est soulevé et ensuite glisse en surf jusqu’en bas, de nuit c’est hyper stressant car tu peux quasi rien faire, on sent la brutale accélération, on voit le cap changer car le bateau au surf dérape soit tribord ou bâbord. Dans ces conditions, je n’aime pas confier Petrushka au pilote, même si depuis des mois je suis confiant dans ses capacités, mais la tension est extrême, mieux vaut rester éveillé à la barre.
05h00 : il semble que cela se calme un peu, je réveille Carlos, qui dort depuis hier soir, bouchons dans les oreilles, bandeau sur les yeux etc.... lui donne quelques recommandations, m’assure qu il est tout à fait lucide et je vais me coucher tout habillé jusqu’à 07h30 mais avec la télécommande du pilote en main....


Vendredi 13 Avril (37 ème Jour)
Position : 39°21.507 S – 75°43.374 W GPS : 12824 Cap : 98° Sog : 5>6.5 nœuds Reste : 109 Miles
Miles parcourus: 116 miles = 4.8 noeuds Moteur :2h00
Wind: NE Gale7>8 Be
Mer: Très forte avec déferlantes très hautes conditions difficiles « Le Sud, les Quarantièmes »
Ciel : couvert, pluie glaciale.

A 7h30 : je me lève calmement, j’ouvre le panneau, Carlos est là, OK, je le rassure : je vais le remplacer, mais après mon café..... je deviens cruel ? La mer est baveuse, mais il y a des éclaircies sur le NW.
Ok derniers grips confirment, le choix est bon on va descendre sur Valdivia avec les différentes dépressions qui viennent du NE>N>NW, cela ne va pas être reposant mais on rentre.....reste moins de 100 miles, incroyable je commence à y croire vraiment !
09h00 : wind NW toujours entre 6>8 Be, suis à la barre pour faire de la vitesse, j’ai sorti plus de génois et avec l’artimon avec un ris on file sur le fond entre 6>8 nœuds, à l intérieur cela ne doit pas être jojo, pauvre Carlos. Pourvu qu il reste en vie pour voir la terre....promise...elle est si proche ce serait dommage....
11h00 : cela augmente encore, le vent en permanence plus de 7 Be, mais suis sûr que c’est la fin de cette dépression car l’horizon est clair. On voit même un peu de soleil, mon moral est au top, suis très heureux d’être là avec Petrushka, je prends mon pied... à la barre, je suis heureux malgré ma fatigue et le froid.
12h30 : le vent passe brusquement au SW>W, je vire immédiatement de bord, hisse la suédoise, génois 100% et artimon, cap serré sur Valdivia le plus vite possible car d’autres dépressions arrivent, la pluie est de retour. Au virement bord, Carlos a été retourné comme une crêpe, il vient voir ce qui se passe, fume une clope et se recouche, sur le bon bord, on gîte très fort.
14h00 : la pluie cesse, le vent passe au WSW, c’est un peu fou , j’aimerais comprendre, avec l’anticyclone les vents tournent sens contraire de la montre mais cela va si vite.... une vraie toupie.
15h00 : wind de retour5>6 au NW, avec toute cette toile et à la barre, j’ai envie de cravacher ferme pour arriver de jour à l’entrée du Rio Valdivia, du rodéo sur la mer, c’est pas facile, je sens que l’on va rater notre arrivée, pas moyen de serrer plus SE, je revire de bord pour essayer, négatif, Carlos a dû être retourné une nouvelle fois, je repars sur le bord précédent, sors aussi le solent, toute la garde robe, il faut faire un max, se battre pour gagner en SE encore des miles pendant quelques heures.
18h00 : je réalise que je vais devoir faire un bord plein Nord = perdre du terrain pour me rapprocher de la côte, je ne sais pas si Eole a vraiment envie de nous amener à terre... à Valdivia.
20h00 : vire une nouvelle fois de bord, plein NE, au près serré du vent NW , faut gagner vers la terre même si je crains sur cette option d’être cueilli par la prochaine dépression NW sur les hauts fonds de la côte, mais je n’ai pas le choix. Stress et non repos, j’en ai un peu marre, je réveille Carlos pour me remplacer pour surveiller les alentours, mets Petrushka sous pilote, j’ai besoin de souffler, de réfléchir, comment faire pour arriver en sécurité, il n’a pas l’air heureux, pense que je le fais exprès, ces différents virements et l’allure à laquelle je mène Petrushka, dit n’avoir pas pu dormir, quelle tête il fait, je lui dis que l’on arrive sur la côte mais qu’il faut que j étudie la situation, il fait la gueule, il ne réalise pas ......
21h30 : on empanne avec une violence inouïe, j’étais en train de mettre des chaussettes sèches, je suis projeté entre le coffre moteur et la table à carte, mon bol de céréales qui était dans l évier traverse le carré, tout est maculé... que s’est-il passé, j’ai très mal au dos, aux chevilles, aux bras, je sors en urgence , Petrushka toutes voiles dehors est à contre, 6 Be gîté, pont dans l’eau...« Carlos...cigarette au bec, marmonne, c’est une vague... NON ton cap n’est pas bon, impossible... ok je comprends il a poussé sur le bouton track et fait faire un virement de bord au pilote, faut maintenant remettre le bateau au vent, génois 100% à contre, un vrai bordel, je ne suis pas habillé, suis sorti en T tshirt et short , j’ai peur de déchirer le génois car le vent est violent, je rétablis difficilement la situation, une fois terminé, je lui passe un savon colossal, car j’ai très mal, suis trempé, le froid, c’est dingue, d’arriver si près et d’être presque blessé, le con ... pour sa punition il restera de quart jusqu’à minuit. Il se tait ....heureusement pour lui car je suis furieux, ouf demain on arrive, je le débarquerai avec plaisir.
00h00 : wind W faible 10 nœuds, ciel étoilé, la mer s’est calmée mais la houle est très forte et fait rouler Petrushka d’un bord à l’autre, on touche les hauts fonds du plateau continental, reste 42 miles jusqu’au Rio Valdivia. Le vent se calme tout doucement. Impossible de dormir, j’ai mal partout suite de ma chute dans le carré et pas confiance en Carlos si près de l’arrivée, il est capable de dormir pendant son quart.
Je me lève et envoie Carlos se coucher, je suis seul dehors pour savourer cette arrivée, sous pilote, je vais du cockpit à la table à carte et prends 15 minutes de repos dans ma bannette, va et vient permanent car faut surveiller si pas d’autres bateaux autour de nous, on est sur des zones de pêche et on touche au but.
2h30 : pétole totale, on dérive très vite NE, je démarre le moteur, on a peu de mazout mais ici le long de la cote la dérive des courants Sud vers le Nord est forte pour les prochaines 6 heures donc on doit absolument avancer. Réveille mon ami et le mets à nouveau en surveillance des bateaux de pêche éventuels, je vais dormir un peu avec Petrushka sous moteur. J’insiste fortement auprès de Carlos de faire attention autour.
A 04h00, Carlos m’appelle, il y a un bateau, je sors voir, après un moment, je constate que c’est une étoile très basse sur l’horizon, il bruine légèrement, conditions pénibles à l’extérieur, Carlos me demande pour aller redormir, Ok , laisse moi seul, je préfère.....
On voit le phare de Rocura Point, 1 x toutes les 10 secondes, chaudement habillé, j’ai décidé de vivre mon bonheur à l’extérieur, c’est merveilleux ce voyage, vraiment pas facile, j’ai appris énormément, surtout à dominer mes peurs et mes réactions trop vives face aux conditions de mer et de vent.
Petrushka, quel magnifique voilier dans les dures conditions de mer, il n’est pas confortable à l’intérieur
(sauf dans la bannette avec un maximum de coussins) mais quel sentiment de sécurité, rien ne résonne, simplement lui il cogne dur, ne se laisse pas faire.... Une confiance totale en lui, faut continuer à bien le soigner, s’occuper de lui, on se connaît bien maintenant Lui et Moi, on se protège l’un l’autre.

Samedi 14 avril (38 ème jour)
07H00, TERRE TERRE, entrée du Rio Valdivia
Position : 39°48.198 S – 73°39.654 W GPS : 12945 Cap : 105° Sog : 5 nœuds RESTE : 6, 95 miles
Miles parcourus : 121 miles = 5.04 miles Moteur : 16h (depuis 02h00 cette nuit, pétole totale)
Wind : > 20h00 NE Gale 7>8 Be ensuite WSW>NW>W !!! fin du Gale
Mer : Tres dure forte houle et déferlantes a l’approche de la côte et de la remontée des fonds
Ciel, couvert le matin ensuite plein soleil pour notre arrivée......

06h00 : on distingue la côte et les contre forts de La Cordillère des Andes, l’aube se lève, j’éprouve une énorme émotion, je caresse Petrushka, j’ai les larmes aux yeux, quel bonheur, dommage de le vivre SEUL, sans Chouchou et ne pouvoir partager ensemble ce moment sublime, je réalise une partie de mon Rêve, c’est fabuleux, je plane de bonheur malgré la pesanteur d’une profonde fatigue physique.
Les deux derniers jours ont été très difficiles physiquement, en manœuvres en permanence et peu de sommeil.
Les heures suivantes, tout va très vite, entrée du Rio Valdivia, très large, un ancien fort Espagnol sur chaque cap, un gros chalutier me précède et me facilite la tâche de repérage, mais ici chez les Chiliens tout est impec, balisage, bouées chenal (inversées) etc.. pays moderne et bien organisé. J’essaie d’atteindre la Marina par VHF et c’est Azzar, Normande qui me répond..... on est attendus avec beaucoup de joie.
Calmement, sous pilote (Carlos dort toujours) je prépare les pare-battages, les amarres, ferle les voiles avec soin faut avoir la classe en arrivant car Petrushka le mérite bien, tout est ok, cette remontée est superbe, berges boisées, montagnes, chalets en bois, jardins fleuris, impression de paysages suisses ou scandinaves, quel calme c’est impressionnant cette nature, tout ce vert après autant de bleu et de gris. C’est beau.
Carlos se lève, il est 11h30, il prépare son sac, traîne en bas et enfin monte à l’extérieur, un simple bonjour, pas de manifestation de joie d’être arrivé, RIEN, il regarde vaguement le paysage, aucune aide pour l’arrivée, je sens une tension certaine vis-à-vis de moi, heureusement qu’il se contient sinon je le balance dans la flotte. Je crois que l incident de la nuit passée c’est trop pour lui, son orgueil est touché.
14h30 : Accostage, Claude et Normande nous attendent ainsi que le personnel de la marina.
LE VOYAGE EST TERMINE – L’endroit est beau, calme, paisible, j’en ai bien besoin.....
Apres deux heures de formalités avec l’Armada, les Douanes, Inspection Sanitaire tout est en ordre, Carlos prend son sac pour aller loger à l’hôtel, je ne le reverrai que pendant 5 minutes le lendemain pour récupérer sa clé USB, aucun commentaire, il a une grosse allergie au bateau, à la mer, une aversion définitive. Je ne trouve pas les mots pour lui parler, lui n’en a pas envie et l’on se quitte en silence.


Durée : 37 Jours + 16 heures.
Miles parcourus : 3.966 au GPS - moyenne : 4,34 nœuds/heure
Conditions météo : anormales, difficiles : Vents SE-ESE-E permanents entre 5>7 Be
Fréquentes tempêtes 7>8 Be avec rafales à 9>10 Be. Périodes de «calmes plats» hors de la ZCI. Anticyclone Sud très bas sur 40° Lat Sud avec vents tournants du W-SW vers NW –N-NE !!!!
Mer : difficile, à la grande houle normale sous ces latitudes, s’ajoutaient des vagues croisées, déferlantes. Résultat des vents instables, violents et tournants en permanence.
Les conditions mer et vents de cette année sont contraires aux statistiques des Pilots Charts des dix dernières années, l’effet de serre, la modification du climat a été très perceptible sur cette navigation.
Heures moteur : 190 Hrs principalement recharge batteries et zone de pétole totale.

39 ème Jour : Dimanche 15 Avril 2007.
Je me réveille au calme, rien ne bouge merveilleuse sensation. Je regarde à l’extérieur, mes amies les vagues et leur copine la houle sont remplacées par un paysage bucolique. Un beau cours d’eau, des roseaux, des canards et des cygnes. Le ciel est bas, il va certainement pleuvoir, quel endroit paisible, je prends mon café lentement, sans danger de le renverser, je savoure le bonheur d’être arrivé sans problème, je suis fatigué mais j’ai le corps et la tête qui planent .......... au CHILI.




Analyse sur la préparation de ce voyage :

PETRUSHKA :


Le bateau idéal pour cette traversée au près serré, pas rapide mais stable, étroit avec sa quille longue il ne cogne pas dans la mer formée. Inconvénient : en permanence très gîté, lisse et pont souvent dans l’eau, beaucoup d’inconfort à l’intérieur.
Voiles : vaste garde robe, principalement navigué avec le génois sur enrouleur, le solent ou trinquette sur emmagasineur, la suédoise sur deuxième rail de mât et l artimon. Gand voile ferlée sur la bôme, toujours à poste sur le premier rail de mât pour l’utiliser par petit temps (<> 8 Be) je ne gardais que le génois réduit de 4 à 8 tours de rouleau la suédoise et l’artimon avec un ris, bordé bien dans l’axe du vent. A la gîte, un danger permanent, la hauteur du point d écoute du génois par rapport à la hauteur de vagues brisants sur la proue. Connu aucun problème sinon l’usure des écoutes, drosse enrouleur, chute et bordure du génois usés.
Accastillage : un axe de poulie rail d’écoute plié (un en réserve à bord) inspection journalière de tous le matos extérieur et monté une fois au mât pour vérifier ragage des drisses sur les réas ainsi que les fixations haubans, bastagues etc.....
Moteur : purge tous les 3 jours du pré-filtre, mazout Galapagos était polué. Vérification courroie alternateur et tous les jours le presse étoupe, le fonctionnement et la crépine de la pompe bilge.
Déssalinisateur : très efficace, deux démontage à cause de fonctionnement à la gîte avec pour conséquence aspiration d’air dans les membranes.
Energie : les mauvaises conditions météo, ont fait travailler le pilote hydraulique énormément avec pour conséquence un équilibre limite de la recharge via les panneaux solaires (220 W) et l’éolienne trop faible. En conséquence, par mauvais temps, l obligation de barrer de longues heures pour permettre la recharge des batteries sans utiliser l’alternateur moteur.
Solution : Eolienne plus performante (10 Ah à 5 nœuds de vent) et un alternateur d’arbre : production 10 Ah 24h/24h (en cours d’installation).
Pendant la croisière, pas de frigo, peu d éclairage intérieur, j’ai privilégié en permanence les équipements de navigation et de transmission radio.
Communication : la BLU c’est indispensable pour garder un contact radio à longue distance et
l abonnement SAILMAIL est super. On garde un contact avec la terre via Email radio et infos météo sur zone, cartes et grip météo. Améliorer l installation par la pose de ferrites et tresse de masse.

AVITAILLEMENT (à bord un stock de vivres pour 4 mois):
Rien n’a manqué à bord sinon le poisson frais. Menus variés, pâtes, riz,pommes de terre, couscous, légumes frais (pommes de terre, tomates, carottes, courgettes, citrons verts etc..) pendant plus de 20 jours, les pains frais coupés, séchés au four sous formes de biscottes, ont tenu jusqu'à l’arrivée. Les 8 douzaines d’œufs (ébouillantés 5 secondes) impeccables. Seuls les fruits ont muris trop vite, t° et humidité du Pôt au Noir. Tous les deux jours j’ai contrôlé les vivres frais stockés dans deux paniers à linge, au noir dans la cabine arrière, j’utilisais immédiatement les plus mûrs.

Je n’ai fait que deux fois du pain frais, manque de temps à cause météo, faire un pain prend 3 à 4hrs. Les conserves excellentes surtout les Hak, jambon en boîte danois et les 12 bocaux de poulets et bœuf que j’ai préparé aux Galapagos. Stérilisés dans la cocotte minute. Deux journées de travail. Mais super. Cuisiner m’a relaxé tout au long de la traversée, dès le matin je pensais aux différents repas pour les 24h, une bonne alimentation m’a permis de refaire mes forces et à mon passager de survivre. Beaucoup de céréales différentes avec du yaourt en mini-cubi tout au long de la journée et la nuit fruits confits, dattes, abricots, pruneaux etc....dès qu’un petit creux se faisait sentir. J’avoue que par moments, cuisiner était limite, la gazinière avec plus de 30° de gite, les deux mains, les dents, les genoux, les jambes tout est au travail pour cuisiner.
Boissons : par jour, trois à quatre litres d’eau du désal ou minérale + beaucoup de jus de fruit, thé divers, peu de vin et de bières, trop chères aux Galapagos donc sommes partis avec peu de cave...très vite épuisée.

CONFORT A BORD:
A deux, le peu de M2 d’intérieur de Petrushka ne pose pas de problème, Carlos avait son souk dans la cabine avant. Dur dur par mauvais temps, mais il avait son intimité, loin de la mer et du ciel. Dormant la plupart du temps, il était à l’aise au milieu des coussins et couvertures avec son MP3 dans les oreilles, complètement isolé dans son monde. Pour moi, dans la bannette du carré, toile anti-roulis en permanence, lorsque j’étais couché, par l’ouverture de la descente je percevais de jour comme de nuit les conditions extérieures. Répétiteur d’instruments et télécommande du pilote sous la main je pouvais réagir immédiatement lors des grains violents et imprévisibles. De cette manière tout au long de cette traversée, j ai fait corps avec Petrushka, le bruit différent de la mer sur la carène, un claquement du génois ou le cliquetis d’une poulie me donnait l’alerte, en permanence, nuit et jour, réveillé ou endormi. Mais j’avais aussi les alarmes instruments vent,vitesse et cap réglés au maximum, bien utile lorsqu’on tombe endormi brutalement sans s’en apercevoir.

LE BONHOMME :
Bien préparé par une Transat, une année de navigation dans les Caraibes et ensuite seul jusqu'à Panama, j’avais confiance en mes moyens physiques, mes capacités à maîtriser seul Petrushka dans des conditions difficiles. Je connais ce voilier sur le bout des doigts pour l’avoir construit et avoir installé tous ses équipements. Seule inconnue : l’aspect psychologique d’une navigation longue et difficile. Aucune expérience de Solitaire au dela de quelques jours, raison pour laquelle j’ai embarqué Carlos, après beaucoup de discussions, de mises en garde etc...48h avant de partir j’étais toujours pas convaincu. La pression de ses amis, l’inquiétude de mes amis au mouillage, j’ai accepté. Je ne le regrette pas, il a été un passager, ce fut très pénible pour lui, mais je n’étais pas tout seul, simplement j’ai navigué TOUT SEUL. Sur les 38 jours j’ai toujours gardé confiance et motivation. A deux reprise j’ai eu vraiment peur, mort de fatigue, trempé, j’ai imploré le Ciel d’avoir un peu de répit, car 48h de tempête 8>10 be c’est vraiment flippant, c’est pas humain on devient une bête traquée. J’ai pris conscience de l énormité de mon challenge, toujours facile d'en parler autour d’une table et d’un bon verre après il faut le faire, jamais je n’ai regretté, j’ai appris tous les jours à mettre la barre du courage, de la résistance et de la peur de plus en plus haut. Je suis resté très prudent en permanence pour moi et surtout pour Petrushka. Ce qui est impressionnant, c’est que 24h/24h on est opérationnel, on vit la navigation, réveillé ou pas, on se fait un bon petit plat ou l’on mange n’importe quoi, froid ou pas cuit, on se lave avec un bon seau d’eau de mer et l’on se sent bien mais on peut aussi rester 3 jours dans les même vêtements, avec son ciré « parfumé », à se laver avec des lingettes. Le corps et le mental s’adaptent en permanence, on recule en permanence les frontières de l’acceptable car seule la volonté d’y arriver compte. Aucun problème de santé, perdu environ 6 à 8 kilos, la fatigue provenait essentiellement du manque de sommeil et de certaines périodes de gros stress dans les moments de très mauvais temps.

38 jours de navigation mais j’ai pas ressenti de lassitude, sauf sur les deux derniers jours, je surveillais en permanence mon ETA (heure d’arrivée) , surtout pour ne pas arriver de nuit ou à marée basse.
Les contacts Mail et Blu avec Chouchou et "Azzar" étaient super importants dans ce désert immense. J’ai aussi appris à accepter la présence inutile de Carlos, la patience c’est pas une grande qualité chez moi, mais grâce à lui, je suis désormais prêt à une longue Solitaire ...

Avril 2007: Descente vers Valdivia - semaine 5

Descente des Iles Galapagos vers Valdivia au Chili
Jeudi 5 Avril (29 ème jour)
Position : 37° 06.687 S – 90°10.262 W GPS : 12.000 Cap : 110° >85° Sog : 5 nœuds Reste : 812 miles
Miles parcourus: 151 miles = 6.29 noeuds moyenne - Moteur: ----- reste 100 litres de gazoil !
Wind : NW 5>6 > 25 nœuds faiblissant la nuit.
Mer : Houle moyenne, courte, peu de vagues
Ciel : laiteux en altitude cirrus, vent frais limite froid Influence Anticyclone Sud

La nuit a été bonne et réparatrice, on glissait en douceur entre 6 >7 nœuds, parfois la grosse claque d’une déferlante me réveillait, un œil sur le pilote. SailMail toujours bloqué c’est mon seul souci cette nuit.
Réveil à 6h00, le ciel est gris et la mer aussi, partout des plaques d’écumes et toutes les vagues sont revêtues de crêtes blanches, tableau Grand Sud....Je renvoie la totalité du génois, Vacation radio 7h30, Claude me fournit de précieuses infos sur position Anticyclone ce qui me permet de reprendre un cap plus direct sur Valdivia. Il pense y arriver dans environ 3 jours pour nous ce sera 8 jours au mieux. Toute la journée relais à la barre, toujours pour faire du cap et par la même occasion économiser les batteries, faut garder un max de gazoil.
Cela va vraiment vite lorsqu’on a de la toile, des pointes à plus de 8 nœuds au surf dans la descente des déferlantes, mais faut rester super concentré pour bien relancer en bas, car elles arrivent par l’arrière bâbord et elles sont majestueuses. Je prépare une potée pommes de terres, oignons, ail et jambon en boîte, de bonnes calories. Vers 12h00 le vent tombe avec l’arrivée d’une pluie fine et froide, tout est bouché sur 360°. Carlos en profite pour se plaindre du froid et de sa fatigue et après avoir bien mangé et fumé sa clope, il disparaît dans son souk sous les couvertures....
14h00, le vent revient, plein SUD..... lorsque je renvoie le génois la drosse de l’enrouleur casse, le reste s’emmêle sur le tambour de l’enrouleur, un vrai spaghetti, tout est bien bloqué : Je réveille Carlos pour qu’il surveille le pilote pendant que je procède à la réparation. Comme le génois est entièrement sorti, avec un vent entre 4>6 Be, j’abats un max sous pilote et vent arrière on file plein tube. Je me mets au travail à la proue, on enfourne les vagues, je suis complètement recouvert , trempé jusqu’aux os à chaque fois, retirer tout le cordage sur le tambour ensuite le ré-enrouler et mesurer ce qui reste de la drosse pour revenir au cockpit, trop court.... je déplace les poulies de renvoi sur les chandeliers, je fais un nœud plat après la dernière poulie, surfile les deux bouts pour que la réparation soit solide, la traction est très forte sur ce bout, je peux continuer à manœuvrer l’enrouleur depuis le cockpit, mais simplement faire gaffe quand le nœud arrive sur le winch de ne pas surpatter le cordage. Pendant ce temps, le Basque regarde avec ses suppos dans les oreilles, quand j’ai à peine fini, plus d'une heure plus tard, je suis trempé et j’ai froid, je suis crevé .... « il me demande pour aller se recoucher ... je le regarde dans les yeux très méchamment, un cinglant : « NON , moi d’abord je vais me changer, me réchauffer et me reposer >16h toi tu surveilles le pilote, le ciel et la mer et fais GAFFE, .... » . Je descends et ferme en partie le capot, pour avoir un peu de chaleur et surtout ne plus le voir car il m’exaspère.
A 17h00, je le remplace, il est congelé et fait la gueule.... IL file dans sa couchette, sans un mot.
Je contrôle la réparation de la drosse, réduis un peu le génois et après un thé chaud je vais me coucher > 22h00 sans me réveiller, je dois être bien fatigué pour avoir dormi si profondément , mais tout est ok à bord. SailMail marche super et je me défoule jusqu’à 23h00, lecture messages Chouchou, Claude et mes grip météo super importants, le moral est au zénith... Toujours vent Sud, seulement 5 Be donc confortable, je peux serrer un peu plus le cap vers Valdivia 106°.

Vendredi 6 Avril (30 ème jour)
Position : 37°15.373 S – 88°16.699 W GPS : 12.101 Cap : 95° Sog: 4>5 noeuds Reste: 723 Miles
Miles parcourus: 101 = 4.20 noeuds moyenne - Moteur: 1.5h (charge batteries)
Wind: ESE 4>5Be Nuit 2>3 Be E-SE
Mer: Calme longue houle – l’horizon disparaît ensuite on monte et on descend de plusieurs mètres
Ciel : Clair peu de nuages de pluie mais froid

Dès mon réveil 5h30, je consulte les différents grips météo de la nuit, les 2 premiers, une météo de 8 en 8h sur deux jours = infos fiables, ensuite le 3eme grip, une prévision pour les 3 jours à venir jusqu’a la côte chilienne, fiabilité 50%. Cependant il y a toujours un décalage dans le temps de 6 à 10h. Etre très prudent.
Faudra exploiter au maximum les sautes de vent pour faire un bon cap sur Valdivia au 106°, car actuellement avec la houle, le courant et vent faible on fait au mieux 70°, c’est à dire très au nord de notre but. Belle journée, froide avec soleil, j’en profite pour faire sécher tous mes vêtements de la veille.
Carlos est très stressé, plus de chaussettes sèches pour ses petits pieds, je les mets 10 minutes au four pour qu’il puisse à nouveau se sentir « un homme ».... il a dormi plus de 15h d’affilée.....m’explique sa mauvaise humeur d’hier fin de journée « il craignait que l’on fasse des quarts la nuit, car il se sent trop faible, il a maigri et perdu des kilos... « j’ en crois pas mes oreilles !!!!
Journée très calme, malgré ma bonne nuit je suis encore fatigué, le soir le Mail de Chouchou m’informe que le projet Madagascar c’est fichu, suis déçu, je mets Petrushka à la cape, Solent à contre + Suédoise et artimon, on va ainsi dériver tout le restant de la nuit dans un calme sublime sur un cap de 95°, donc pas trop grave pour atteindre notre but, seul le temps de parcours s’allonge, cela ne me tracasse pas, je n’ai pas la lassitude d’être en mer, c’est les conditions météo qui sont pénibles, en plus des coups de vent s’ajoutent maintenant le froid et une pluie fine, naviguer au soleil, c’est quand même plus agréable.


Samedi 7 Avril (31 ème Jour)
Position : 37°19.775.S- 87°24.952 W GPS : 12169 Cap : 180° >130° Sog : 3>4 nœuds Reste : 682 Miles
Miles parcourus: 68 miles = 2.8 noeuds moyenne (le record de lenteur) - Moteur : 2h00
Wind : SE de 2>4 Be tres instable de 9>15 nœuds
Mer : Calme longue houle pas de vagues
Ciel : Clair mais nuageux à haute altitude, froid et sec

Mais quelle bonne nuit, rien que du calme, on flottait superbement, manque mon Amour pour être sur un nuage. Me suis levé 3 fois pour changer lampes flash et petit contrôle au cas où le vent se cacherait derrière une petite vague. Très tôt je renvoie toute la toile, j’aime pas ces situations de « Non Action » Wind SE faible mais on avance lentement et d’ici 48h on devrait toucher du vent mais faudra descendre très Sud, sous le 40° latitude et cela m’inquiète un peu, trop lu de livres sur ces zones peu accueillantes ! Brrr. Durant toute cette journée froide le vent ne cesse de tourner, du SE>E>NE où enfin il s établira ferme à 5>6 Be. Comme chaque soir pour m’empêcher de dormir, comme d’habitude.....
Non, la nuit s’est bien passée, normale, j ai dormi de deux en deux heures, le PIED.
Journée semblable à la précédente, vents faibles et instables, on est dans une zone météo en plein changement sous l’influence de l’anticyclone qui n’est pas très puissant et manque de stabilité, toujours descendre vers le Sud à la recherche d’une météo plus conforme aux statistiques, cad vents SW....
Mon passager lui mange, fume et dort tout au long de cette journée, lorsqu’il sort dehors, c’est le bonhomme Michelin tant il a des couches de vêtements, nos contacts sont réduits au minimum , il m’arrive de l’oublier tout simplement car je débrouille seul, me nourrir, manœuvrer et dormir...heureusement !
Début de nuit, le vent est faible et tourne au Nord avec une pluie glaciale, cela sent l’hiver.
Comme souvent, c’est la nuit que le vent revient. Rapidement plus de 6 Be et je prends plusieurs tours de rouleaux dès 21h30 , pluie, éprouvant à l’extérieur, Petrushka sous pilote, je surveille la progression, soit à la table à carte où je rédige en même temps mon récit, soit depuis ma couchette lorsque je tombe de fatigue c’est dur de combattre le sommeil, on lutte au maximum... Minuit le vent monte et la mer se creuse rapidement. Conditions pas faciles et je reste à la surveillance du pilote qui souffre dans cette mer croisée.
Vers 03h00, je réduis au maximum le génois, je dois absolument dormir mais il faut surveiller le pilote et je réveille Carlos pour me remplacer. Il lui faut un temps infini pour être prêt, ensuite lui donner les consignes de surveillance avant de me coucher, peu rassuré, je ne dors que d’un œil , prêt à intervenir.
05H00, remplace Carlos-glaçon, le vent est complètement tombé, je ne pense pas qu’il s’en est aperçu !
Les voiles pendouillent lamentablement, blotti dans le cockpit il est sans réaction et c’est le bruit des écoutes et poulies qui m’ont donné l’alarme, merci Carlos, quelle valise ce mec....
Claude est a 110 miles de Valdivia dans des conditions difficiles de vent et de mer, arrivant sur le 39° lat cad quasi face à Valdivia, il se heurte à un vent Est très fort auquel s’ajoute le fort courant côtier du Sud ce qui lève une mer cassante sur le plateau continental. En plus la zone est fréquentée de chalutiers, ça doit pas être la joie à bord d’Azzar.


Dimanche 8 Avril (32 ème Jour)
Position : 38°20.358 S – 86°15.235 W Gps : 12255 Cap : 100° Sog : 3.5>4.5 nœuds
Reste : 613 Miles
Miles parcours: 86 miles = 3.58 miles moyene Moteur : 3h00 Reserve carburant :+- 90 L
Wind: W de 5>6 Be avec fortes rafales – A partir de 20h00 SW Gale 7>8 Be
Mer: Forte très creusée – vagues croisées, difficile !
Ciel : Totalement bouché, arrivée d'une dépression Sud.

On ne peut pas dire que la nuit ait été facile.
A 5h00, le vent tombe brusquement pendant peu de temps, tout autour de nous sur l’horizon pas de visibilité, le ciel et la mer se confondent, quelque chose se prépare....
07h00, brusquement, wind Nord 20>25 nœuds instable, la mer se creuse, baromètre en chute libre.. Je rétablis des quarts de surveillance, c’est l’anniversaire de Carlos..... il va s’en souvenir de ses 34 ans !
08h30, wind NW ensuite W avec fortes rafales > 32 nœuds, la houle est forte, vagues courtes, pluie froide. Uniquement sous génois et artimon sur un cap 90° - mer très dure, cahotique.
12h30, wind WNW, impossible tenir le cap 110° sans risquer de casser, je file au 140° pour soulager, le bateau sera plus stable et on pourra brancher le pilote sur un temps de réponse économique, en plus les hautes déferlantes sur l’arrière sont plus facile à gérer, car sans rétroviseur, il faut sans cesse tourner la tête pour les voir venir. Le dos et la nuque en souffrent.
14h30, wind SW de 5>6 Be , je renvoie la suédoise et 100% de génois, le ciel est noir dans notre SW , faut filer en E-SE pour essayer d’éviter cette dépression prévue sur les cartes météo reçues cette nuit.
17h30, on est cueillis par la dépression, wind S>SW 6>7 Be, je réduis génois et déporte l’artimon, je reste a la barre. La mer, c'est géant, la pauvre elle est folle avec ce vent qui lui a tourné la tête toute la journée et maintenant il a décidé de la décoiffer. J’ai plus envie de rire.... Je pressens l’enfer....
20h00, S-SW : gale 8 avec rafales violentes >39 nœuds, quant à la mer, No Comment, mais c’est un peu fou ... du jamais connu ! Largement au dessus de l’artimon qui fait 7,50m de haut et les rouleaux des déferlantes, super pour les champions surfeurs, plus le vacarme un mixing de vent et mer, les 40 èmes ....
Je ne sais pas comment l’homme peut s'adapter à de telles conditions, c’est imperceptible, insidieux, on accepte, on endure et comme sur terre, il n’y pas si longtemps certains ont supporté la cruauté humaine qui est bien pire que la mer.......
23h00, très courte accalmie, je renvoie un peu de toile et je me couche tout habillé en restant sur mes gardes. Carlos dort toujours dans ses plumes.... je pense qu’il ne dort pas mais a tellement peur de sortir....
03h00, je bondis dehors, on gîte très fort, le vent est revenu brusquement, des rafales à 41 nœuds, les deux anémomètres restent en permanence au dessus de 35 nœuds, on file entre 7 et 8 noeuds sur le fond, sur l’eau dans les descentes des déferlants, des pointes à 11 nœuds, quel bordel cette météo, mais je commence à m’y faire.. No Stress.. à la barre, je sens bien Petrushka, je ne ressens aucune fatigue tant la tension est au maximum, concentré sur l’arrivée des vagues et les glissades folles du bateau, du grand sport !
Le génois est réduit au maximum et artimon ferlé, cela souffle... très, très fort, on est en fuite heureusement sur un cap acceptable vers Valdivia, la mer est dure, on creuse ferme.....
Cela dure jusqu'à 05h30, ensuite retour lent au calme jusqu’à 07h00, je laisse le minimum de voiles car je me méfie .... et j’ai surtout besoin de repos, de retrouver une vie humaine, car depuis plusieurs jours, je réagis comme une bête, un chien de garde à la moindre alerte, je mange ce qui me tombe sous la main souvent froid, chocolat avec confiture, reste de purée de choux avec une saucisse, ensuite un bol de soupe tiède car trop long de surveiller sur le réchaud, pas le temps, RIEN QUE FAIRE ALLER le bateau. Lui rien que Lui, sa vitesse, son cap, les voiles, le ménager, mon courageux bateau mais Vraiment Faut Aimer la Mer....... ? Suis certainement pas Normal...


Lundi 9 Avril (33 ème Jour - Lundi de Pâques)
Position : 38°45.695 S – 84°10.698 W GPS : 12365 Cap : 100° Sog : 5>6 nœuds Reste : 513 Miles
Miles parcourus : 110 miles = 4.58 miles moyenne Moteur : 2h00
Wind : SSW de 6>8 Be permanent 24>36 nœuds suite du Gale 8/9 de la nuit.
Mer : Forte houle avec déferlantes cassantes
Ciel : Bleu et vent froid

J’ai à peine dormi une heure et dès 08h00, c’est reparti mon quiqui... retour des rafales à plus de 35 nœuds, le gale n’est pas terminé. Avec le jour, je fais un état des lieux, Petrushka est OK, mais le paysage est lunaire, mer grise recouverte d’embruns, d’écume, déferlantes avec gros rouleaux blancs, ciel noir brrr...le vent est au Nord c’est pas croyable, à chaque rotation du vent correspond une montée en puissance qu’il faut gérer avec les voiles et le cap, je suis bien rôdé et cela prend peu de temps, je ne m’inquiète même plus lorsque le vent déboule sans prévenir à plus de 30 nœuds, toujours dans mon ciré depuis 24hrs, je règle Petrushka sur la situation nouvelle et le meilleur cap possible en fonction du vent mais surtout de la mer car c’est surtout elle la plus dangereuse, une grosse déferlante prise de côté en mauvaise position ou dans le creux de la vague et l’on serait couchés sur l’eau, il faut garder un maximum de vitesse pour filer à 30° des vagues, surfer avec les déferlantes quand c’est possible. En bas, on est par moment coupé du vent par la hauteur des vagues et seule la vitesse acquise dans le surf permet de remonter avec la déferlante suivante, Adieu le confort intérieur, cela doit être terrible pour mon passager....
09h30, cela se calme, je réveille Carlos et le met à la barre jusqu à 11h00, je dois me reposer un peu, mais aussi il faut recharger les batteries via panneaux solaires et éolienne car le pilot m’a bien aidé cette nuit. Il faut surveiller les plus grosses déferlantes et modifier un peu le cap pour se laisser porter avec elles, mais par moment c’est pas possible, alors c’est la grosse douche qui recouvre tout le bateau, on se recroqueville dans son ciré, on s’accroche fermement à la barre plus les deux life-line de sécurité, une fois passé la douche, on reprends le cap et on relance le bateau, encore et toujours garder de la vitesse.
Lu dernier mail de Claude, bien arrivé ce dimanche, me conseille de faire du Sud vers la 41° lat pour aborder les derniers milles avec un meilleur angle et ne pas être confronté aux conditions qu ils ont connues. La tendance dans les 200 miles des côtes chiliennes, c’est des vents E>SE et en venant par le Sud je serai au portant ou au travers ce qui est plus facile lorsque la mer est formée.
Le ciel s éclaircit et le vent tourne au Sud 5>6 Be, à nouveau du près serré, les rafales ont cessé.
15h00, wind SW>SSW environ 25 noeuds, la mer se calme lentement, j’en profite pour bien me nourrir et prendre un maximum du repos. Petrushka sous pilote, Carlos dort...
18h00, repas de boeuf bourguignon et purée et vite au dodo, Petrushka bien réglé file sur un bon cap.
Nuit relativement calme, je me lève toute les heures pour recaler le cap et régler un peu les voiles.
Je me rendors très vite, suis tranquille et en confiance. Mais je suis fatigué.
04h00, wind W et retour des rafales à plus de 32 nœuds, réduction du génois, ça roule beaucoup tout valdingue à l intérieur, inconfort total, quasi impossible de dormir, couché sur ma bannette, j’essaie de récupérer un peu de forces.
La pluie revient en force, de grosses averses continues. Météo abominable, je reste dans la descente. De toute façon impossible pour moi de dormir dans de telles conditions, je crains toujours pour le bateau car l’océan est gigantesque. Il fait très froid dehors, j’attends avec impatience le jour, pour me rassurer.

Mardi 10 Avril (34 ème Jour)
Position : 39°31.505 S – 81°51.82 W GPS : 14888 Cap :114° Sog : 6.5>7 nœuds Reste : 397 miles
Miles parcourus: 123 miles = 5,12 miles moyenne Moteur: 2h00
Wind: WSW 6>7 Be rafales violentes
Mer: Houle forte avec déferlantes arrières
Ciel : Soleil le matin ensuite très chargé de grains

Au lever du jour, j’affale la suédoise qui nous donne trop de gîte sous les rafales violentes, le vent reste soutenu SW-WSW toujours 6>8 Be, je suis plus à l aise sous génois seul vent 3/4 arrière, d’autant que certaines rafales montent à plus de 43 nœuds. Ce n’ est plus du gale mais les conditions normales des 40èmes, une mer et houle énormes mais le ciel est bleu ce matin et le soleil brille, très beau spectacle Grand Sud et il est agréable de barrer, du vrai sport, c’est physique. Deux heures à la barre ensuite deux heures de repos, régime imposé pour gagner du cap, faire de la distance et se préserver des déferlantes. En plus c’est le max pour mon pauvre Carlos, qui dès son quart terminé... file se coucher. Toute une journée à ce régime, on sent ses bras et son dos. Pendant mes périodes hors quart, je garde un œil sur Carlos, peu fiable,...je fais la vaisselle dans un seau d’eau de mer, les éviers ne se vident pas à la gîte bâbord , je fais les repas, la nav, e-mail, etc.... très peu de loisir pour me reposer , cela fait 48h que l’on a des conditions très difficiles, le passage de plusieurs dépressions qui tournent autour de l’anticyclone qui aspire toutes les crasses qu’il trouve autour de lui, il fait le ménage, et nous, l’organisme encaisse, je reste en surveillance jusqu'à 23h00, le vent semble mollir légèrement. Sous les paquets de mer, un peu d’eau passe par le pied de mât et par le panneau du carré pourtant serré au maximum, la pression d’eau doit être bien forte sur le rouf.
Je me couche enfin après avoir réduit le génois, mais difficile de trouver le sommeil, on roule, on cogne, c’est très inconfortable et en plus je suis sur le qui vive, à l écoute du moindre changement des bruits, ce qui signifie généralement le retour du vent ou une allure anormale du bateau. Les alarmes sont branchées au maximum car déjà plusieurs fois je n’ai pas entendu immédiatement mais seulement après plusieurs minutes et alors la situation est plus compliquée à gérer.
A 2h30, je crois que cette fois l’accalmie s’est installée, il faut que je dorme, suis assommé de fatigue, je corrige le cap pour les quelques heures de nuit restantes, laisse une bonne marge de sécurité par rapport aux vagues et je vais me coucher. Je me réveille une première fois vers 04h00, télécommande du pilot dans une main et lunettes sur les yeux, j ai dormi comme une masse, sans rien entendre.
Ok tout semble bien se passer, la mer se calme un peu, ça cogne encore dur, on enfourne profondément mais je retourne me coucher jusqu’à 06h30, quel bonheur, deux fois deux heures entières. Cela me permet de recharger un peu mes batteries personnelles, je sais que le finish ne sera pas facile, car les prévisions météo sont un peu folles.....


Mercredi 11 Avril (35 ème Jour)
Position : 40°.01.219 S 79°27.888 W GPS :12608 Cap : 100°>163°>53° ! Sog: 5 noeuds Reste: 287miles
Miles parcourus: 120 miles = 5 noeuds de moyenne Moteur: 2h00
Wind : WSW >SW 4>5 Be
Mer : Houle moyenne et longue pas de déferlantes
Ciel : Bleu avec formations abondantes de nuages T° Mer : 15.3° T° ext : 17°

06h30, un peu reposé, journée cruciale aujourd’hui, à la lecture des grip météo reçus cette nuit, l’option Sud n’est peut-être plus la bonne, les prévisions à 3jours donnent une tendance de vents NW-WNW, ce qui serait pour nous au Sud de notre point d’arrivée, une catastrophe, je me trouverais dans la situation de devoir remonter face au vent le long de la côte chilienne. .. un comble, j’attends les prochains grips météo pour confirmation.....
Le ciel est super beau, mer est calme avec une longue et profonde houle, wind idéal pour faire du chemin, je remets de la toile, génois 100%, suédoise et artimon sur un cap direct sur Valdivia, ainsi je me donne encore du répit pour la future option Nord ou Sud tout en me rapprochant du but, reste 300 miles.
12h00, le vent molli très fort 2>3 Be en tournant au WNW, on est passé sous les 40 èmes Lat Sud.....
14h00, vent revient au SW environ 4 Be, régime de vent instable, confirmation qu’il y du changement dans l’air. On profite pour se reposer un maximum, je fais de courtes siestes avant d’éprouver toujours le besoin de faire quelque chose, régler un peu le génois, relire les instructions d’arrivée... Enfin j’ai trouvé, je vais faire des crêpes, mais elles collent dans la poelle, j’ai fait du lait avec de l’eau et de la crème culinaire, c’est pas recommandé mais elles sont très bonnes. Devinez qui se réveille et se lève à la bonne odeur, mon passager.
Notre cap tourne avec le vent une fois du 120° ensuite 160° et le comble cap au 90° et 60°, je ne sais plus quoi faire, sinon faire avancer le bateau. On est collé sur l’eau sans vent, c’est pas bon signe. Je vais dormir pour ne pas penser, Carlos, lui ne pense qu à dormir, on est bien différents tous les deux....
22H00 : Wind SW revient 5>6 Be, instable varie au Sud ensuite passe à l’Ouest, sans cesse régler voiles et le cap. Il va se passer quelque chose, rien qu’à voir l’ aspect de la mer, le baro dégringole, ok ça arrive.
Vers 04h00, forte montée du vent 7 Be et rafales, je réveille Carlos pour qu’il surveille le pilot dans le cockpit, je consulte les grips, rien n’est encore certain pour choisir une option car sur notre route, plusieurs fronts froids et dépressions , sur la carte, dans un carré de 2° latitude et longitude, on a tous les régimes de vents, toute la Rose des Vents..... une Rose c’est Beau mais que faire ?
Je me couche une heure pour réfléchir... eh oui cerveau à plat travaille un peu mieux... et m’endors jusqu’à 07h00, me lève d’un bond, ouvre le panneau, il est encore là, un bloc de glace, pétrifié de froid, il n’a pas osé me réveiller, je m’excuse et lui fais un thé chaud, le pauvre il est vraiment à bout physiquement et moralement, après un bol de céréales, il va se coucher, cela doit être terrible pour lui, mais on arrive....

Avril 2007: Descente vers Valdivia - semaine 4

Descente des Iles Galapagos vers Valdivia au Chili

Jeudi 29 Mars (22 ème jour)
Position : 32°.18.975 S – 102°27.80 W GPS : 11235 Cap : 165° Sog : 3.5>4.5 nœuds
97 miles parcourus = 4.04 noeuds Moteur : 2h00 (recharge batteries)
Wind: EST>ESE 4>5 Be 16>21 noeuds le vent tourne sens contraire aiguilles montre sous l’effet de l’Anticyclone , c’était prévu par Grip météo.
Mer : peu agitée Houle faible et longue
Ciel : Très couvert beaucoup de nuages bas de pluie, la météo change, vent froid

Je me lève à 07h30 juste à temps pour la vacation radio avec Claude, ils sont dans la pétole, plus de vent et ils avancent au moteur. J’apprends que Chouchou est au Cap Vert, suis content, elle avait tant envie de découvrir ces Iles. Dès 09h00 je commence les travaux de réparation. Premier, le génois, je roule suffisamment de rouleaux pour amener le point d’écoute à hauteur des haubans, je mets le génois à contre et le voilà plaqué sur les haubans, je peux travailler à l’aise. La réparation se passe bien, c’est du costaud cela tiendra jusqu'à Valdivia, je constate aussi que cette voile a beaucoup souffert dans ce long voyage, beaucoup de fils de couture sont usés et il faudra entièrement repasser toutes les coutures. La chute et la bordure sont complètement usées. Deuxième travail, transvaser 120 litres de gasoil, primo, je siphonne avec la pompe à main du tuyau essence du hors bord ensuite jerrycan à moitié vide je verse directement dans l’entonnoir, ainsi on ne renverse que très peu sur le pont en teck. 10h30 tout est terminé et l’on repart.
Le vent est au ESE et durant la journée il va tourner dans le sens contraire des aiguilles d’une montre (comme tout anticyclone dans l’hémisphère Sud) et nous on le suit en modifiant le cap au fur et à mesure car cela nous arrange à merveille on tourne vers le SUD EST–EST, enfin on navigue vers notre destination
Valdivia Sud Chili.
18h00 : ENE 16>19 nœuds notre cap : 150°
19h30 : NE 16>19 nœuds notre cap : 140°
23h00 : NNE 20 nœuds notre cap : 135°
01h30 : NORD : 15>18 nœuds notre cap : 113° droit sur Valdivia à 1400 miles.
De joie, malgré le froid mais bien habillé, je reste à la barre, enfin une VMG positive on se dirige vers notre but et durant deux heures je me régale toutes voiles dehors, on file 5 nœuds, j’oublie la fatigue de mon corps, je pense aux heures difficiles pour mériter ces beaux moments, les étoiles scintillent, Vénus est lumineuse, la lune brille, l’océan est d’argent, quel magnifique spectacle, je suis fatigué mais je veux profiter encore de ces beautés, je pense très fort à Mon Amour, j’aimerais qu’elle soit assise à côté de moi pour profiter ensemble de ces moments sublimes et pendant les tempêtes, je l’aurais protégée, avec des coussins, bien calée dans la bannette du carré, elle n’aurait pas eu peur... En plus, elle, elle m’aurait encouragé, aidé par des petites attentions, un doux regard, un sourire crispé, mais un sourire, comme lors du passage du Cap Marta, le petit cap Horn des Caraïbes, là aussi cela avait été géant, un bon entraînement pour moi et la confirmation que Petrushka était un solide et vaillant voilier.
C’est le froid qui me pousse à regagner ma bannette et confier à Raymond la conduite de Petrushka, après avoir minutieusement régler les voiles et les tolérances du pilote, seules les déferlantes m’inquiètent.....
Je dors 4h d’affilée jusqu’au matin, quel bonheur (heureux que ce soit le plus grand désert du monde car durant ce temps seules les lampes flashes nous protégeaient d’une hypothétique rencontre...)
Merci, Raymond t’as fait un travail formidable, quel super équipier pendant mon sommeil.


Vendredi 30 Mars (23ème Jour)
Position : 33°29.236. S – 101°.17.565 W GPS : 11337 *Cap : 110° - Valdivia* Sog:3.5>4.5 nœuds
102 miles parcourus = 4.25 noeuds à partir de 12h30 Moteur: 23H00 vent très faible
Wind: NNE-Nord- 4/5 Be 14/18 nœuds - à partir de 12h30 vent très faible 2>3 Be quasi pétole
Mer: peu agitée longue houle profonde qui cache par moment l’horizon
Ciel : couvert nuages d’altitude temps frais après midi ciel bleu nuages haute altitude

A trop dormir on n’a plus envie de se lever, déjà 07h00, coup de pied au cul, debout profiteur. Le ciel est couvert, gris comme en Mer du Nord, pas étonnant avec ce vent du Nord. La mer est très calme, un lac à peine hérissé et une longue et profonde houle qui par moment fait disparaître l’horizon. Je déjeune avec le reste de riz + compote+ sucre et pain noir, ça vous cale un estomac. Relance toutes les lignes de traîne, 22jours sans prendre un poisson. Jusqu'à midi on garde ce vent du Nord et ensuite il s’essouffle 2/3 Be et l’on doit mettre du moteur pour avancer, recharger à fond les batteries, faire de l’eau avec le désal.
Le vent ne reviendra plus de toute l’après midi ni de la nuit suivante. La tempête c’est dur, la pétole c’est énervant, on roule d’un bord à l’autre, les poulies et le matos font un bruit pas possible alors qu’autour de nous le calme est total, c’est inimaginable, il y a quelques heures à peine l’océan était déchaîné, rageur, couvert d’écume, maintenant c’est une masse bleu, ondulante, qui contient toute sa puissance, c’est très beau, 4000 m de fond sur tout notre horizon, c’est grandissime, je décompresse et me sens heureux de faire ce voyage.
Apres quelques heures de calme sur mer et réparateur pour nos organismes, il faut songer à avancer et c’est le ron ron du moteur qui nous berce. Ces conditions de vent étaient annoncées mais vraiment c’est chiant, les Anglais appelaient ces zones « les horses running » car à cause du manque de vent, il fallait abattre les chevaux faute de nourriture. La nuit je me lève toute les deux heures pour vérifier la route sur l’ordi, le GPS et les cadrans du moteur. Un coup d’œil dehors sur l’horizon, changer les lampes flash de signalisation.
Tout est calme à bord, sous moteur Petrushka est stable, la suédoise et l’artimon en place le calent d’autant mieux. Cette période de calme permet de récupérer un maximum de sommeil et de calme. Je dors beaucoup par petits morceaux, c’est mon rythme maintenant, le corps est dompté . Je termine le livre de Daniel Defoe « Robinson Crusoé » j’ai beaucoup aimé, eh oui... je pensais y passer, (pour la légende) mais raté ce sera pour une autre fois...... lors du voyage vers L’ile de Pâques et les Gambiers...Les Marquises....Tahiti.

A L Ouest, l’Isla Pasqua, les Gambiers, La Polynésie ....... à Bientôt.....


Samedi 31 Mars (24ème jour)
Position : 34°.13.186. S – 99°.31.366. W GPS : 11437 Cap : 113° Sog : 4 nœuds
100 miles parcourus = 4.16 nœuds Moteur toute la journée 1600 Rpm pour réduire consommation
Wind :NNE-N 2>3 Be 6>11 nœuds « pétole »
Mer: calme plate sans une ride Houle très faible
Ciel : Bleu - soleil vent frais l’arrivée du printemps !!!!!

Réveil dès 06h00, coup d’œil dehors le ciel est serein, bleu, seuls des nuages d’altitude et une nappe plus basse dans le SE, vent nul encore la pétole, le Lac de Genval qui nous entoure est à peine ridé, la houle faible et très longue. J’arrête le moteur pour l’inspection bi-quotidienne, courroie alternateur, niveau d’huile, filtre eau mer, presse étoupe, purge préfiltre gazoil (le mazout acheté aux Galapagos est dégueulasse brun-noir de dépôts boueux). Sans moteur, ce calme provisoire fait du bien, on est tellement habitué aux bruits naturels de la croisière que le moteur, même si très silencieux, est une agression.
Comme tous les matins, de la musique classique salue l’arrivée d une nouvelle journée. Mozart, mon préféré, même Carlos commence à aimer !!! Pavaroti, les airs de Verdi, Florent Pagny et son concert Baryton avec les airs de Puccini , Finche Pache, Nonn Avro, c’est le pied Total avec Volo Di Notte, la référence au voyage , Kiri Te Kanawa dans le Kyrié de Mozart, Vivaldi, le Sabat Mater.
Au milieu de l’océan tout calme, soleil, ciel bleu, l’envol de cette musique, sublime de légèreté, du bonheur rien que du bonheur après la brutalité des moments de tourmente, le réconfort de l’amour, prise de conscience de vivre une aventure extraordinaire sur la mer avec mon Petrushka.
Je charge Carlos de nettoyer tous les hublots et protections plexi, de secouer les carpettes, vlan deux dans l’eau, demi tour pour récupérer, il est grave ce mec .. en dehors de cela il ne fait rien de rien, couché dans son souk , il lit avec ses suppositoires dans les oreilles, dehors il fait trop froid pour lui .... Si je ne demande pas de faire la vaisselle, elle y reste deux jours. Maintenant, vaisselle pas faite à 17h00 = pas de repas chaud le soir, une simple soupe dans une casserole sale, j’ai fait le coup deux fois mais il n’a pas encore compris.
Je ne mets plus de gants « personne ne m’a jamais parlé com toi, mèèeme pas mon père.. ! » me dit-il .... Ainsi tu sauras ce que c’est, cornichon.... aucune volonté ce mec, heureusement c’est pas contagieux !!!!
J’entreprends la lessive de ma lingerie fine, tous mes caleçons ont servi des deux côtés un temps certain... Pas besoin d’un contrôle nasal féminin pour être convaincu de l’urgence de la besogne.
Je tends une corde à linge « rose » et suspends mes dessous masculins, Petrushka ainsi paré avec le drapeau Chilien et Basque, ne ressemble pas à un char à voile mais à celui d’un carnaval, les oiseaux s’éloignent.....
Je bricole dans le software de l’ordi et découvre des fonctions pour initialiser les Port USB notamment pour augmenter le passage des bits, le niveau était au plus bas, j’opte pour le plus élevé, modifie également d’autres paramètres en les doublant, essai ce soir..... je croise les doigts.
Je pense aussi au repas du soir, il faut utiliser notre dernier choux vert : donc ce sera choux braisé+ pommes de terre+ jambon sauce curry avec zeste de ma confiture d’orange de Panama. Délicieux, Carlos se régale.
Malgré le vent froid, le soleil sèche bien tous nos vêtements imbibés de sel, tout comme les coussins durs comme de la pierre, ils se ramollissent quand la météo est à la pluie. Vacation radio avec Claude, sur base de ses fax météo, il me conseille de faire du Sud pour trouver dans 48h des vents plus forts sur Lat38°S/97W, les deux grip météo que je reçois à 22h30 confirment l’ option météo.
Je modifie le cap pour descendre plus SUD tout en gagnant très lentement en EST, cap 175°. Toujours ce dilemme, aller vers le but en conciliant, cap, vitesse, distance, vent et mer, le marin n’est jamais satisfait.
SailMail fonctionne mieux, beaucoup plus rapidement et enfin je peux envoyer et recevoir mes E Mail, c’est bon pour le moral.


Dimanche 1er Avril (25 ème jour -Poisson d’Avril)
Position : 35°26.088. S 98°.13.634 W - GPS :11543 - Cap:180° - Sog :3>4 noeuds – Reste: 1239 N
Miles parcourus 106 = 4.41 noeuds Moteur : 21h
Wind : NW 2/3 Be 8>10 nœuds virant OUEST dans l’après midi 2>3 Be
Mer: Calme un peu ridée très longue Houle
Ciel: Bleu avec beaucoup de nuages d’altitude brumeux. T° : frais 21°

Réveil 06h30, une excellente nuit, me suis levé deux fois pour un checking rapide de tout et redodo.
Le ciel est toujours serein, nuages très haut, vent faible de NO 2/3 Be entre 8>11 nœuds, je renvoie le génois sur « bâbord » pour la première fois depuis le départ, ensuite j’affale la suédoise et renvoie toute la Grand Voile, toute la garde de robe dehors, je prends un Cap de 175°>190° et cela tient avec un Sog de 3>3.5 nœuds, cela ne va pas vite mais au moins plus de moteur, rien que du calme, le clapot et le glou-glou de l’eau sur la carène.
Le vent est mollissant, Carlos barre jusqu'à 13h00 (la seule chose qu’il aime faire sur le bateau) ensuite la soupe et son dodo jusqu'à 16h00. Je reprends la lecture de mes différents livres, petites siestes, un peu de bricolages, je refixe le filet de protection sur les filières avant, inspection générale de tout l’extérieur, il y a de l’usure partout.
Je regarde l’immensité de l’océan, à l’Ouest c’est l’infini 4000 miles jusqu’en Polynésie. Au Sud l’Antarctique, au Nord, très loin, les Etats-Unis, le plus proche à l’Est 1200 miles, le Chili, pas très fréquentée la zone, rien vu depuis + de 15 jours. Pas d’animaux marins, pêche néant malgré les 4 lignes de traîne et peu d’oiseaux. Je profite de ces calmes pour récupérer un maximum, le bonhomme est en bon état, la fatigue est présente mais bien gérée, pas de bobo, moral super car l’avenir est plein de projets, je commence à avoir une tête de pirate avec mon bandeau rouge à cause des cheveux un peu trop longs décolorés par le sel et le soleil, une barbe de 15 jours , rendez vous chez le barbier dès mon arrivée à Valdivia.
18h00, le vent revient légèrement, 9>14 nœuds – Sog : 3.5>4 nœuds mais cela ne dure pas longtemps, à la tombée de la nuit c‘est quasi la pétole. 21h00 contact radio avec Claude, sur sa zone à 300 miles dans le SE idem, les prévisions : encore des calmes jusqu’au 4 avril ensuite les vents de SO devraient nous permettre d’avancer en direct vers Valdivia.
01h00, je rentre le génois et mets Petrushka à la cape pour qu il dérive lentement vers le SE, sous la clarté de la pleine lune, la mer est un lac d’argent, comme un bain de mercure, cette masse énorme, ondulante donne une impression de pesanteur, quelle puissance, je regarde un long moment debout dans le cockpit, une main me tenant à la bôme, j’ai presque envie d’essayer de marcher dessus tant cela paraît solide, les étoiles pourraient presque se voir dans ce miroir planétaire. Ensuite je vais me coucher et je dormirai non stop jusqu'au matin 6h30.

Lundi 2 Avril (26 ème jour)
Position : 36°.17.791 S – 97°.53.788 W GPS : 11602 - Cap : 135° Sog: 4.5 noeuds – Reste: 1183 N
Miles parcourus : 59 miles = 2.45 noeuds (un record de lenteur suite nuit à la cape) Moteur : 1h00
Wind : WNW-W-NNE 2>3Be 7>11 nœuds instable = pétole
Après Midi: NNE 3>4 Be 10>15 noeuds
Mer: Calme un peu ridée, très longue Houle moyenne
Ciel : couvert bcp de nuages gris de pluie, temps très frais T° mer : 19.8° Temp ext : 20°

Ma meilleure nuit depuis le départ, sans aucun bruit qui réveille, la lune brillante transperce les hublots tribord et éclaire l’intérieur. Dans mon sommeil, quand j‘entrouvre les paupières c’est merveilleux, quel bonheur de dormir en sécurité « relative ». Au réveil une pluie froide, le ciel est bas, très nuageux, plus de comparaison avec les grains d’alizés, il fait très frais, j’enfile mon polaire. Vacation radio, Claude confirme la situation météo un peu merdique et de plus ce foutu Anticyclone qui se déplace Est sur la Lat 35 S au lieu du Nord, rien que pour nous faire «chier ». Je dois sortir par le SUD pour trouver les vents de SO entre le 39/41 S -94/90W , il faut descendre Sud au moteur s’il le faut et rapidement, la Terre tourne à l’envers, la météo est complètement folle, les dégâts de l’effet de serre, cela me fout un peu la trouille car si bas sur les 40 ème, les conditions peuvent changer très vite, des vents violents donnent une mer énorme, les grips météo indiquent de nombreux fronts froids à plus de 45 nœuds qui remontent en spirale tournante Est avec beaucoup d’intensité, du SW>S>SE>N>NW, j aime pas ça, cela va donner une mer énorme et croisée.
A 12h30, arrêt moteur, le vent revient lentement, déjà du NNW-NW 2>4 be – 9>14 nœuds, cap 120°, Carlos à la barre, cela l’occupe ainsi il cessera de gamberger sur la date d’arrivée.... et de bouffer tous les biscuits et les pâtes de fruits, merci d’avoir pensé à moi. Mais plus intéressant, si nous parlions un peu des oiseaux, pas très nombreux mais nos seuls compagnons visibles dans ce désert. Ils sont un peu plus petits que nos mouettes du Nord, brun tachetés sur le dessus du corps, le dessous étant blanc, tête blanche avec maquillage noir près des yeux, en somme un peu de rimmel pour les femelles. Leur particularité, c’est la grandeur de leurs ailes qui leur permettent de planer quasi en permanence, montant dans l’azur pour ensuite piquer au ras des flots, ainsi sans arrêt. De temps en temps un coup de bec dans l’eau pour se nourrir. Lorsqu’il fait calme, ils se reposent en groupe sur les flots, c’est marrant de les voir ainsi « papoter woizeau » en regardant passer, non pas le train, « comme dans la Vache et Le Prisonnier » et cela sans qu’ils ne s’inquiètent... Moi aussi j’ai un prisonnier.... Ils ne mangent rien de ce que je leur jette, ils ont mieux eux... du poisson !!!!! Eh les gars c’est par où la poissonnerie ? On a traversé quelques bancs de petites méduses il a deux jours avant que la t° de la mer ne chute sous le 22°. Cet après midi le ciel est très couvert, il fait froid, toujours en polaire et pantalon. Si l’on ne barre pas le pilote déclenche car la direction du vent est très instable, plusieurs dizaines de degrés tribord-bâbord et la houle accentue le mouvement, donc en permanence à la barre, j’y mets de force Carlos, à chacun deux heures à tour de rôle, pour lui il fait trop froid, dès la fin de son quart il se réfugie au plus vite sous sa couette pour dormir, sans soucis, moi je me tape le peu de vaisselle, la restauration, les petits corvées indispensables à bord, enfin Tout. Parfois, j’ai des envies de MEURTRE.....

Petrushka et la position Anticyclone Sud sous les 40 ème

Je vais devoir le contourner par son Sud car il va remonter en obliquant lentement vers le Nord Est en se dégonflant.


Mardi 3 Avril (27 ème jour)
Position : 36°55.166 S – 96°.03.278 W GPS : 11.703 - Cap : 110° - Sog: 5>6 noeuds - Reste: 1086 N
Miles parcourus : 101 miles = 4,20 noeuds – Moteur : 2h00
Wind: NW 5>6 Be 20>30 nœuds - Gale 7>8 W toute la nuit et la journée
Mer: Houle forte et profonde , vagues croisées déferlantes.
Ciel : Bas beaucoup de nuages de pluie pas bon signe T° mer : 19.8° T° Ext : 20.5°

Depuis la nuit dernière, 19h00, on subit la première dépression venue de l’Antarctique Sud, les Grip météo m’avaient annoncé un chapelet de fronts froids, SO virant au NE . En prévision, dès 7h30, j’organise la garde robe de Petrushka. Grand voile ferlée, Suédoise à poste, Génois avec six tours de rouleaux et petite Trinquette à la place du Solent, Artimon avec 1 ris, même comme cela, on file toujours entre 6 et 7 nœuds au Grand Large mais le cap est bon sur Valdivia. Je fais un peu de Nord EST en prévision d’un gros coup de vent d’Ouest qui va nous tomber dessus dans les heures à venir. Il me faudra alors abattre ESE sinon Est.
J’ai beaucoup de toile, mais avec cette vitesse j’essaie de sortir de cette zone vraiment très perturbée. Conditions à bord difficiles, ça cogne pas mal et il faut se tenir ferme. Les embruns recouvrent totalement et régulièrement le bateau. Depuis ce matin, instauré des quarts de deux heures à la barre, on va plus vite et sur un meilleur cap si l’on barre un maximum. Carlos souffre pas mal dehors mais j’en ai un peu marre de le voir se prélasser (une image...) dans sa couchette et d’attendre les repas.... Vers 22h00, Carlos ne veut plus faire les quarts, il est fatigué et veut dormir.... Ok, mais tu dormiras dans le cockpit pendant que moi je barre à ta place, pas question d’aller dans ton pieu.... Silence. Par deux fois, je dois aller le secouer pour qu’il prenne son quart en plus il met un temps fou pour s’habiller, au petit matin il est livide, mort de froid et de fatigue. Moi suis pas mal crevé car pendant mes périodes hors quart, je sommeille tout habillé surveillant l’ami basque. C est une situation stressante, fatigué je l’oblige à me seconder un peu mais j’ai pas confiance donc je reste sur mes gardes et je peux à peine prendre un minimum de repos.
La mer est de plus en plus forte. Je reprends le quart de 8H>12h, mets Petrushka sous pilote, je réduis encore la voilure car c’est trop dur et il est temps de se reposer un peu, se nourrir, j’ai mal partout, je repousse mes limites au maximum, je dois tenir encore et encore ....
Carlos dort toute la journée, se lève seulement pour manger des céréales.... et son repas du soir et à 18h00, il redort.....
J’ai supprimé les quarts de nuit, les conditions météo s’améliorant en fin de journée. Je suis seul et cette nuit je vais essayer de dormir un max en levant un peu le pied pour la vitesse et cap du bateau, car je touche le fond, si je peux dormir par tranche de deux heures avec la télécommande du pilote dans la main en cas de problème, demain, je serai à nouveau en forme. Toilé au plus juste, Petrushka va avancer toute la nuit sous pilote, je peux dormir toujours par tranche de une à deux heures suivant les sensations que je ressens dans mon sommeil, qui me réveillent avant même les alarmes.

Ma douce bannette, télécommande du pilote à portée de la main, je peux bondir dehors...

Mercredi 4 Avril (28 ème jour)
Position : 37° 14.917 S – 93°11.938 W GPS : 11849 Cap : 64°>90° Sog: 5/6 noeuds Reste: 950 miles
Miles parcourus: 146 miles = 6.08 noeuds - Moteur : 4h00 (charge batteries et désal)
Wind : NW-W 6>7 Be avec rafales > 30 noeuds
Mer: Très forte avec bcp, de déferlantes
Ciel : couvert nuages de grains mais après midi tendance éclaircies.

Journée difficile à cause de la très forte houle qui n’est pas facile à gérer, le vent NW 6>7 Be d’Est stable donc pas de manœuvres de voiles. Petrushka trace sous pilote. 9h00, je mets Carlos en surveillance du pilote dans le cockpit, besoin de récupérer un peu. 12h00, il m’appelle, il a froid, fatigué, trois heures de répit pour moi donc merci, ok je reprends le contrôle.
Je m inquiète un peu, car une très forte dépression en 38/39°- 100/96° se dirige vers nous, je modifie le cap en conséquence pour l’éviter au maximum, faut économiser le matos et le bonhomme....Tant Pis pour la distance même si cela me fait râler. Je mange tout ce qui me tombe sous la main, beaucoup de sucré et biscuits céréales, je mange peu mais très souvent, je suis satisfait de mon alimentation, rien ne me manque. J’ai de l’appétit pour tout, j ai toujours faim et content de ce que je mange quelles que soient les conditions.
J’ai plein d’idées qui me passent par la tête, vraiment pas facile ce voyage, mais tellement beau de jour comme de nuit, il faut être heureux et un peu fou comme moi, j’oublie très vite les difficultés dès qu’elles cessent pour retrouver le bonheur d’être en mer sur Petrushka, dommage qu’il ne parle pas humainement, ce serait un compagnon encore plus merveilleux, mais je l’aime tel quel.
18h, Carlos dort « donc dîne » je mange deux œufs sur le plat et je vais dormir télécommande du pilote en main et ... avec mes lunettes sur le front et comme tout se passe bien, je dors par tranche de +/- une heure, rien que du bonheur.


Petrushka, Raymond à la barre, Mon Fidèle équipier............

samedi 24 novembre 2007

Mars 2007: descente vers Valdivia - semaine 3

Des Galapagos vers Valdivia au Chili - 3ème semaine

Jeudi 22 Mars (15 ème jour)
Positon : 23°.04.105 S – 9°.01.554 W GPS : 10551 Cap : 232° Sog : 5.5>8 noeuds
109 miles parcourus = 4.54 noeuds moteur : 3h00 recharge batteries (pilote très sollicité)
Mer : très forte houle 4>6 m avec grosses déferlantes heureusement +- sur le cap à suivre
Wind : SE établi entre 4>6 Be toute la journée
Ciel : couvert gris chargé de grains « Ciel Mer du Nord » s’éclaircissant dans l’après midi vers beau

07h00, je sommeille dans ma bannette, Cris faut te lever ça va être l’heure du contact radio, je suis mou comme un « chokotoff bien mâché ». Petrushka se met à contre et direct je bondis, fidèle serviteur, merci mais pas trop souvent. Coup d’œil à l’horizon, Berrrrk beeerrrk, tout gris et noir, cela promet. Premier grain vent 160° arrière. Génois 10 tours de rouleaux, suédoise en place et artimon déporté on file dans les descentes de déferlantes à 8 nœuds, je redresse l’artimon, je barre, quel réveil et dire que mon café était prêt. On ne gîte plus, on roule « ma poule » d’un bord à l’autre et à l’intérieur ça valdingue. Cela incite enfin Carlos à se lever, il passe la tête à la descente « touyou enco la teeempèèètte ». Avant le 2ème grain j’affale et ferle la suédoise, avec elle sur le rouf à la ferler, tjrs côté au vent je suis plus haut mais c’est la Piste aux Etoiles. Petrushka va beaucoup mieux avec seulement le génois et l’artimon, on se couche moins dans les écarts de cap au vent. 10h00, je fais une bonne omelette aux tomates, ail, oignons et bol de compote de pommes, cela retape « le vieil homme et la mer ». Il est temps d’informer mon passager de la nouvelle option vers l’ Ile de Pâques !!!
J’annonce la nouvelle à Carlos, il est heureux aux larmes, me remercie, s’excuse d’être malade et inutile et de me quitter à Pâques mais pour lui c’est trop dur. Je le rassure, je comprends. Presque un soulagement pour moi, dès Panama, je m’étais fait à l’idée d’une solitaire à partir des Galapagos. J’avais pas peur pour la conduite de Petrushka, la distance, le Pacifique, seul le côté psychologique de la solitude m’ inquiétait.
Très belle journée de voile pure, avec le génois seul et l’artimon sur ce cap vent arrière plus la houle avec nous, on fait des pointes à 8 nœuds wind 5>6 be, très forte houle entre 6 et mètres, au souper ce soir, spaghetti et dès 19h30 tout le monde dort. Par vent arrière, c’est un bien meilleur confort et le sommeil est réparateur. 00h00, je le lève pour changer piles des deux lampes flash qui signalent sur mer Petrushka et me recouche en attendant l’heure pour contact SailMail.
02h00, contact difficile, il me faudra 1h10 pour emmagasiner les fichiers météo, messages de Chouchou et un long message de Claude.
Claude m’annonce pas de bonnes nouvelles: il a reçu des infos précises sur la position de l’anticyclone, cette année encore très bas sous le 40° avec des vents d’Ouest très fort, fortement déconseillé d’aller s’y frotter.
L’option Ile de Paques ne tient plus sauf si l’on se rend aux Gambiers, ce qu’il envisage peut être de faire si les conditions empirent encore sur notre zone. Il propose de continuer à faire du Sud avec un maximum de cap 180° jusqu'à la Lat 38°/40° Sud , là de virer de bord vers le Chili avec toujours les vents de SE, la distance restante égale +- 2000 miles de notre position actuelle. Donc +/- trois semaines durant lesquelles l’anticyclone daignera peut- être monter vers le Nord. Il attend ma réponse immédiatement. Il a également avec son Irridium consulté le frère de Normande médecin, concernant Carlos, un diagnostic rassurant de plus on a lui et moi les bons antibiotiques à bord. Il fait néanmoins une route pour se rapprocher de moi et me demande de faire de même en appuyant s’il le faut au moteur. Pour moi faire du moteur c’est impossible, peu de réserves de carburant, par contre je peux encore serrer plus le vent mais adieu le peu de confort, la vie à bord va être encore plus pénible à cause de la gîte maximum sur tribord.
J’étudie la situation, la carte, le facteur Carlos... à Pâques c’est certain il me quitte, je resterai seul pour affronter 2000 milles avec des conditions météo difficiles, très près des quarantièmes...même si depuis le départ je fais tout tout seul à bord, plus m’occuper de mon passager, mais la pression psychologique serait énorme, quelle responsabilité vis-à-vis de mes proches, leur inquiétude, je ne suis pas préparé à une telle épreuve, même si une fois parti, je suis certain, j’assumerais, mais peut être aussi je regretterais cette décision, le vécu des deux dernières semaines difficiles: une bonne leçon d’humilité......
Claude ne tient pas à ce que je vive Seul cette situation dangereuse, son mail est formidable de précisions, d’analyse du cas Carlos, est-ce comédie pour quitter rapidement le bateau (non je l’ai vu souffrir, je pense à ce que l’on vit actuellement ...donc en s’aidant par contacts radio et e-mail, ce sera plus facile d’atteindre le but). Maintenant il faut annoncer la nouvelle à mon passager qui dort paisiblement dans sa cabine.
Je réveille Carlos, lui fais lire le mail de Claude, lui explique la situation, il n’y a pas de danger pour sa santé, il lui faut du courage pour encore trois semaines.... Il me demande mon avis : on repart cap au Sud ; l’option initiale, il ne dit rien et va se recoucher. Une heure durant je vais batailler avec l’ordi et SailMail pour faire passer à Claude ma réponse. Je mets Petrushka sur le nouveau cap avec seulement le genois mais au près il ne va pas très vite demain on renvoie solent et suédoise, toute la toile faut avancer vers le Sud-Est.
04h00 je me recouche mais je peux pas trouver le sommeil, je crains que Claude ne file aux Gambiers, solution la plus confortable pour lui avec cette météo et mauvaise mer. Je suis sûr qu’il ne prendrait cette option qu’a l’extrême limite, c’est un battant, mais comme il me dit « par moment on a peur de casser son bateau ». Pour moi tout est différent, je dois absolument rallier Valdivia pour y laisser Petrushka et réaliser nos projets futurs avec Chouchou, impossible de trouver le sommeil, dans ma tête c’est le souk, suis heureux de faire ce voyage mais... c’est vraiment difficile... dur... n’ai-je pas présumé de mes forces, de mes compétences, jusqu'à présent, deux ans presque, aucun pépin majeur, pour moi et Petrushka... avec du recul, ce n’était pas très difficile, car à chaque situation nouvelle et inconnue j’avais trouvé une solution, j’avais beaucoup appris, confiant on se lance dans le PACIFIQUE ....vers le Grand Sud, contre les vents dominants, contre les courants, l’océan immense, c’est énorme, géant, ici il faut connaître ou alors ça fait mal et très peur, on souffre en permanence « On s’est trompé de Nom pour cet Océan » mais il est Sublime.....

Lisse dans l’eau, Petrushka avale les miles vers le Sud .......



Vendredi 23 Mars (16 ème jour)
Position : 24°.22.300 S – 100°17.928 W GPS : 10.672 Cap : 175° Sog : 4.5>5 nœuds
120 miles parcourus = 5 noeuds ( hier grâce au vent arr et houle tjs entre 6>8 nœuds)
Moteur : 8h00 (dont 4h pour batteries pilot très sollicité et BLU)
Mer : matin : belle peu agitée
Wind : ESE 3>4 Be établi
Ciel : bleu avec nuages en formation sur tout l’horizon, la journée va être calme.



Je me lève à 6h00, raz le bol de me retourner dans ma bannette, l’horizon est serein, je renvoie la suédoise, borde au près le génois et le solent, l’artimon à plat, c’est reparti le flirt avec la gîte. En buvant mon café je repense à la décision de cette nuit, contact radio avec Claude, on se rassure, on fait une bonne équipe chez lui c’est très dur, son bateau léger et large cogne durement, aussi il vient vers ma zone pour trouver une mer un peu plus calme et s’épauler, moi vers lui avec l’avantage de faire mieux que du Sud (165° dans les rafales d’ESE-E) dans les 36h on devrait être plus proches. Quel bonheur de s’entendre distinctement, sentir l’émotion dans la voix, cela rassure, fait du bien, même si ça crachote beaucoup et la réception reste faible.
On essaie à 13h30 et comme toujours à 21h30, sauf quand comme hier, je m’écroule de sommeil, n’entends ni la BLU ni le réveil, attention Cris t’es dans le ROUGE, repos à tout prix. Ouf.... les alarmes veillent.
9H00, Carlos se lève...., quel tête de chien battu... moral en chute libre sans parachute.... après une bonne heure on fait le point, combien de jours encore, pourquoi vous changez encore de destination, des reproches..
C’est pas nous, c’est la météo etc.... je m’énerve un peu devant son abattement, faut réagir, un bon moral c’est le meilleur des médicaments, de toute façon il n’y a pas d’autre choix donc il ne sert à rien de se lamenter, OK, pour moi c’est le point Final, je descends me préparer un déjeuner, lui qu’il se démerde...
Une heure plus tard, très gentiment il me demande son déjeuner et s’excuse encore, mais jamais il n’a vécu une telle situation, tous les jours, toutes les heures c’est difficile, jour et nuit, il a peur de la mer si grande, si loin de tout (il l’a vu de jour, heureusement pas de nuit) pas de secours possible , etc .... En somme il a la trouille au point de s’être rongé tout le pouce gauche, et surtout très déçu de ne pas aller à l’Ile de Pâques où c’est certain il aurait quitté le bateau. Je mesure son stress énorme, déjà moi avec un peu de vécu, je me fous par moment la trouille et me pose certaines questions sur mon côté masochiste.
Matinée calme vent ESE/E houle moyenne on avance lentement 3.5>5 n wind 12>18 nœuds mais sur un très bon cap de 170 , du boni pour l’avenir. Je passe mon temps comme depuis le départ à rédiger ce récit, d’heure en heure sauf la nuit ou lors des périodes difficiles où je note alors le vécu quotidien dans mon Log Book . Mon Log Book, je vous en parle : tous les jours, à 09h00, je consigne un point précis, situation du bateau, cap, vitesse, entretien, divers, etc... la journée passée et quelques faits importants sur notre navigation, consommation gazoil, eau, en fait tout ce qui est important pour le bateau et le suivi de notre navigation. Après midi calme, à part deux grains violents, Carlos qui devait surveiller leur approche s’est couché dans le cockpit avec son merdique MP3 dans les oreilles et l’on se prend le grain toute voiles dehors, le pont largement sous l’eau, j’étais furieux car je m’étais octroyé une petite sieste, elle a été très courte.... peux pas lui faire confiance, il nous met en danger Petrushka et moi, y’en a marre, serais mieux SEUL. Ce soir je ne cuisine pas, on mange les restes de spaghettis. Nuit une nouvelle fois pas très tranquille à partir de minuit, succession de grains et je ne peux me recoucher avant 03h30. Suis préoccupé de descendre trop au Sud pour trouver l’Anticyclone, en dessous des 37° Lat Sud , cela risque de devenir très, très dur dans la zone d’influence des Quarantièmes, déjà ici c’est du costaud.


Samedi 24 mars (17 ème jour)
Pos : 25°.48.322 S –100°.24.650 W GPS : 10765 Cap: 63° EST (pour réparation) Sog :2.8 >3.5 nœuds – 93 miles parcourus = 3.87 nœuds Moteur : 4h00
Mer : houle forte – mer agitée Wind : ESE-E 4>5 Be Ciel très sombre avec prévision grains.

Si au réveil j’avais connu le déroulement de la journée, je me serais rendormi...
Je constate que l’axe de poulie rail d’écoute tribord est plié. Je passe sur l’autre amure et pendant 2h je vais, couché sur le pont, extraire l’axe plié et le replacer par un autre (Cris, heureusement que tu gardes et ramasses tout ce qui traîne). Petrushka avance péniblement contre le vent de E-SE sur un cap fou de 67° (destination : Nord Chili- Pérou....). Le bateau tape, se lève, s’abat lourdement dans une gerbe d’écume, rodéo, réparation difficile, boulot terminé je reste encore 2h00 sur ce cap pour bien mesurer la difficulté de rejoindre la côte avec ce vent de SE au cas où si descendu trop Sud pour trouver l’Anticyclone et les vents d’Ouest prévus, sous les 42° Lat Sud on peut oublier le Chili seule porte de sortie serait les Gambiers...
14h00, un grain énorme nous arrive, ciel d’encre noire, j’ai tout roulé sauf suédoise et artimon + un peu de génois pour garder de la vitesse et rester manoeuvrant. L’anémomètre passe de 5 à 7>8 Be en deux minutes, on ne voit plus la mer sous les trombes d’eau, quelle puissance, vent tourbillonnant autour de nous, on est quasi à l’arrêt, sous une rafale plus forte, Petrushka se couche sur la mer, pont tribord et chandeliers dans l’eau, j’essaie d’abattre mais avec si peu de vitesse cela ne répond pas vite, enfin le bateau abat tribord et part en fuite, 30 minutes d’enfer dans un déluge de pluie, d’embruns. Puis brusquement tout se calme, je m’assieds et pousse un long soupir de soulagement, rien de cassé c’est le plus important. Je regarde Carlos, blanc comme un mort, les yeux pleins de larmes, je lui souris, sans un mot, il se lève, se déshabille et va se coucher. Je renvoie le génois avec quelques tours de rouleaux car l’horizon n’est pas net et je reprends le cap 190° au Sud, peux pas faire mieux, sinon on gîte à mort à la limite du virement de bord à cause de la houle
16h00, Carlos remonte, toujours sans un mot ensuite m’appelle, il veut me parler : « Il a très peur, n’as plus confiance car on a changé deux fois d’option en 48h, pense que l’on ne sait pas ce que l’on doit faire, de plus il y a des problèmes mécaniques, le désal déjà deux fois en panne et ce matin la poulie, il demande d’aller à l’Ile de Pâques toute proche (5 jours), il ne pourra pas encore tenir 25 jours, il ne dort plus, se sent faible, il a mal à son bras, peut pas bien le soigner car peut pas se laver tous les jours, on ne va pas arriver comme prévu le 15 avril, il en a marre de tout, de la mer, du bateau, de moi ... etc... La crise totale.
Je le laisse parler, ensuite je lui réponds que sur la mer on fait avec les conditions qui se présentent, que les infos météo sont pas toujours précises, que Claude et moi on se concertent pour trouver la meilleure option c’est pas facile, mais qu’ il n est pas question d’aller à l’Ile de Pâques, un détour de 1500 miles minimum, je lui dis qu’il doit penser à autre chose qu’à sa souffrance, avoir un peu de courage, de volonté etc... mais je parle dans le vide car déjà il est parti se recoucher, comme un chien battu, un gosse....sinon pire.... ce sera pas facile le reste du voyage.
Les conditions se dégradent vite, une tempête s’annonce car il n y a plus un poil de ciel clair tout est noir, effrayant, je prépare tout en conséquence, rentre le solent, réduis le génois. Reste à attendre le spectacle.
17h00 début des hostilités, elles dureront toute la nuit, gale 7>8 Be, rafales à 39 nœuds, on a de la vitesse et on est bien manoeuvrant, je suis à la barre en permanence, bien attaché deux Life Line, je réponds aux rafales, escalade les déferlantes, abats, relance, Sog entre 6>7 nœuds, crevant mais rassurant car dans l’action, dehors, on contrôle même si la nuit on ne voit pas grand chose, mais on sent venir l’air humide des grains et on est préparé, on ne subit plus on agit. Un bouteille de jus d’orange, d’eau pétillante, faute de pâtes de fruit alors je bois du Ross Vicee multi-vitamines, je mange de la confiture à la cuillère avec un bout de pain pendant les courts moments d’accalmie où le pilote reprend du service, je dois me changer plusieurs fois malgré le ciré Musto, faudra penser à acheter un nouveau modèle plus étanche.
A 04h00, après un sérieux grain, j’affale l’artimon dans des conditions difficiles, je glisse, tombe sur le dos les jambes sous le balcon, plaqué sur le panneau du moteur hors bord, , attaché certes mais cela a été si vite, faut continuer à faire gaffe, car je suis seul à bord...... Enfin je branche le pilote cela se calme je suis crevé comme jamais. La mer est forte, aussi je sommeille dans mon ciré entre 05h00 et 07h00 au pied de la descente, assis sur les coussins, prêt à intervenir sur le pilote.

C’est Dimanche matin, au retour de la Disco Pacifico....... Après une Nuit d’Enfer...
Dimanche 25 mars (18ème jour)
Position : 26°.30.823 S – 100°.43.911 W GPS : 10448 Cap : 222° Sog: 3>4 noeuds
83 miles parcourus = 3;45 noeuds Moteur: 3h00 (recharge batteries)
Wind: EST 6/7 Be rafales à 28/30 noeuds
Ciel : Très nuageux avec grains noirs – petits morceaux de ciel bleu
Mer : Trèes forte houle 6 à 8m avec déferlantes à 30° sur bâbord.

La clarté du jour dévoile le champ de bataille, mer énorme, baveuse, pas repue, vent toujours entre 6>7 Be moins de rafales car les grains ne se sont pas encore formés. Souk à l’intérieur, un tas de vêtements mouillés au pied de la descente, quelques livres et cassettes au sol, tout est humide, poisseux, un ptit bordel...
Vite un café, un grand bol de céréales avec compote de rhubarbe. Pas vu Carlos de toute la nuit sauf le halot de sa lampe frontale, mais certain qu’à l’avant il n’a pas été à la fête. Enfin 08h00, il pointe son nez, à peine un regard, marmonne à mon bonjour, il fait vraiment la gueule, pas un mot, il a perdu l’usage de la parole, regagne sa couchette, ressort, regagne sa couchette, OK tant pis pour lui . En retour je lui sers de la bouffe de caserne : boîte de conserve chauffée dans la casserole à pression et direct dans l’assiette, fini les petits plats accommodés, pour moi c’est la conduite du bateau qui importe, le reste c’est du détail, j’arrive à bien me nourrir, je raffole des compotes, pommes et rhubarbe et même le choux rouge froid. Je barre beaucoup, cela me décontracte et entre deux grains je vais me coucher 20 minutes dans ma bannette, je m’endors instantanément. Plusieurs fois c’est l’alarme du pilote ou les accélération du bateau qui me réveillent. Pas un instant de répit, pendant les sursis faut prévoir à se nourrir, se laver avec la bouteille d’eau de Cologne, rincer la toilette, vite le peu de vaisselle, préparer le nécessaire pour la nuit suivante, inspection de Petrushka, à nouveau il a été formidable avec beaucoup de vent, quelle puissance dans l’étrave, il ne perd quasi pas de vitesse, mais les chocs sont rudes et le gréement gémit, c’est fou comment dans ces moments difficiles on ne pense plus beaucoup à soi mais surtout au bateau, rien que le bateau , on a mal pour lui, peur de casser et on essaie de le ménager en restant à la barre le plus longtemps possible, on oublie sa propre souffrance, tout pour le bateau, souffrir avec lui, à deux on va s en sortir .....
Toute la journée une succession de grains, fatiguant de toujours réduire et ensuite renvoyer du génois mais la technique est rodée, écoute de génois sur winch tribord, drosse d’enrouleur sur winch bâbord, pilote sur réponse 6, j’abats en grand, lâche de l’écoute de génois, j’enroule sur bâbord la drosse d’enrouleur génois, reborde l’écoute de génois et remets au cap sous pilote réponse 1 ou 2. Moins de deux minutes quelles que soient les conditions, nuit comme jour, ensuite ranger les bouts au fond du cockpit et c’est reparti.
17h00 tiens voila mon passager clandestin, il doit avoir faim, en fait c’est sa première parole de la journée « Quand y’on va manger ? » Tout en barrant, je réponds « plus tard quand j’aurai préparé » Repas idem que la veille, boîte réchauffée vapeur, pas mauvais mais c’est pas le pied ça manque de préparation, mais ainsi j’ai pas de vaisselle. Il va se recoucher sans autres paroles, c est moche, il me fait chier, « pardon ».
Comme de coutume vers 19h00, retour des grains, courts mais certains violents >37 nœuds et cela jusqu'à 23h00, je barre beaucoup mais ça tape dur et trop de gîte, je suis crevé mort, plus tout à fait lucide à cause de la fatigue, ok je réduis au maximum, on avance à 4.8 nœuds et sous les grains le pilote sur 2 contrôle bien la situation je vais me coucher tout habillé, buzzer-alarmes pour vent et vitesse branchés au maximum. Je vais dormir durant deux heures sans quasi rien percevoir sinon que le bateau glisse, accélère, tape, ralentit et ainsi jusqu’au matin de 2h en 2h je prends du repos, un vrai délice. A chaque réveil, je sors et contrôle le cap, le réglage des voiles, les écoutes, etc.... et hop redodo. J’en ai vraiment besoin.

Pas de Commentaires sur les conditions de Mer et Vent......>6/8 Be

Lundi 26 Mars (19 ème jour)
Position : 27°.41.547 S – 101°.44.742 W Gps : 10939 Cap : 200° Sog : 4.5>5 nœuds
91 miles parcourus = 3.79 noeuds Moteur: 3h00 (recharge batteries)
Wind : EST 4>5.5 Be 16>23 noeuds toujours beaucoup de grains autour de nous.
Mer : Houle forte moins de déferlantes mais vagues croisées progression difficile.
Ciel : Couvert gris/noir avec éclaircies

Je me réveille à 06h00, reposé, heureux, vite dehors pour rassurer Petrushka que je suis toujours à ses côtés. Le ciel, mais quel bordel, svp changez de couleur toujours ce gris noir. Le vent a molli mais la mer est toujours forte avec ces putains de déferlantes sur le sommet, quelle poisse. Me fais une omelette et prends la barre dès 09h00 jusqu'à 17h00, entrecoupé de poses miam miam, pipi, courtes périodes sous pilote pour me décontracter le dos et la nuque, je donne un maximum... pour avancer le plus Sud possible, faut se battre.
Carlos sort un peu plus de sa cabine-souk, tiens une parole : « yo suis tres faible mal patout... »
C’est une journée de transition, avec Claude on échange info météo, lui m’en donne plus que moi qui bataille toujours avec mes problèmes informatiques, une fois ça marche une autre c’est zéro !!!!
Le ciel s’éclaircit peu à peu, mais toujours quelques grains blancs c'est-à-dire secs mais tout aussi rudes que les noirs, ils sont pas racistes. Le grip signale une perturbation sur notre SE pour les prochaines heures, certain que sur notre zone cela va souffler une fois de plus. Toute la nuit à nouveau entre 6 et 8 Be, cette fois pas question de rester en permanence à la barre, on est sous voiles réduites et comme la fin de la précédente nuit j‘abats au cap 200° SW et le pilote tient le cap même si très souvent l’alarme de déclenchement me réveille et m’oblige à remettre le bateau sur le bon cap. Cela se produit très souvent après chaque grain, sous la poussée du vent le bateau remonte au vent, loffe et dès que la rafale cesse s’il est au dessus d’une déferlante, il abat brusquement comme sur un axe et le pilote ne peut le récupérer et on part au grand largue alarmes sonnantes. Il faut bondir sur la télécommande pour récupérer la situation.
Je dors avec mes lunettes, une lampe frontale, une deuxième lampe de poche dans la main gauche, couché je peux éclairer la télécommande sur le panneau en face de moi, ainsi je peux agir rapidement avant de monter dans le cockpit. Chouchou va être surprise quand dans son lit elle me trouvera tout nu avec lunettes et lampe de poche.... Cela fait maintenant trois jours que l’on subit de très mauvaises conditions, principalement les nuits donc pas de récupération possible , le corps et la tête souffrent, c’est vraiment dur, très dur... physiquement et nerveusement et dire que l’on est encore bien loin des 40°, quoi penser ..... mieux vaut pas trop réfléchir à l’avenir, le présent c’est déjà assez... cela me dépasse « Cette Mer est Merveilleuse et Enorme ».

Suis Heureux en Mer, mais parfois je me pose des questions......... ?

Mardi 27 Mars (20ème jour)
Position : 29°.03.512 S – 102°.22.298 W GPS : 11033 Cap : 198° Sog : 4.5>5.5 nœuds
94 miles parcours = 3.91 nœuds Moteur : 2.5 hrs (charge batteries = désal)
Wind : EST 4>6 Be 16>26 nœuds moins de rafales
Mer : Houle forte, peu de déferlantes toujours vagues croisées = progression difficile
Ciel : Nuageux avec beaucoup de nuages gris de grains sec sans pluie

Pas assez et mal dormi, toujours réveillé par les alarmes, me sens las. En prenant mon café, je constate que le nerf de chute du génois est sorti de sa gaine et flotte au vent. La gaine usée est déchirée sur toute la hauteur, rien à faire sinon réduire au maximum la longueur du nerf pour qu’il ne prenne pas dans les barres de flèches. Une poulie de convoyage de la drosse enrouleur de génois est éclatée, je la remplace, plus inquiétant, une des trois laizes extérieures du point d’écoute du génois est décousue, c’est dangereux, faut réparer rapidement avant la grosse avarie. Je colle Carlos à la surveillance du pilote, le temps de nettoyer le désal et de le remettre en service. Ok ça marche. Tiens Carlos a l’air d’aller mieux, suppositoires MP3 dans les oreilles et sa clope il reste à l’extérieur ! A suivre.... La mer est difficile, on cogne beaucoup et la vitesse faiblit, l’organisme encaisse et on n’est pas sorti de l’enfer car déjà dès midi c’est un bon Gale 7 constant avec rafales supérieures. Pas une goutte de pluie, dommage cela ferait du bien car tout est blanc de sel, les coussins cockpit trempés ne sèchent plus, idem pour nos vêtements. A 23h00 c’est le pompon, 30>38 nœuds, ça cogne, on plante, on roule, on repart, suis pas assez en forme pour rester à la barre, vêtu de mon ciré je reste debout dans la descente regardant l’arrière de Petrushka, la gîte du mat d’artimon, ses vibrations, ses retours de rappels, le mur des déferlantes blanches qui arrivent derrière, est-ce la fatigue accumulée, mais je trouve cela inhumain, trop longtemps, c’est trop, je pense à Dieu, lui demande un peu de répit, on pense aussi au pire, aux proches, eux sur terre, « nous, disparus en mer, où, quand, comment ? » jamais on ne saurait, terrible pour Eux... Où es-tu Manureva ? Salut Alain....
Dieu, M’a-t-il entendu ? Maisi doucement la suite de la nuit sera de plus en plus calme, dès 02h00 , je renvoie plus de toile, certes la mer est creusée mais le vent reste stable et quelques étoiles et la lune apparaissent.
Fin de nuit en tranches de sommeil car je reste vigilant, sur mes gardes, pourtant quelle envie de dormir quelques heures non stop. Le cagnard tribord sur les filières a été arraché par une grosse déferlante qui venant de l’avant bâbord a surmonté le bateau, balayé le rouf, la capote, le cockpit et s’en est allée avec le cagnard, encore heureux que j’étais debout à l’abri dans la descente... Mais demain il faut que je comble ce vide, j’aime pas cela, on peut perdre une foule de choses. Pour l’avenir, je placerai également un filet sur le balcon arrière et partout, cela évite de perdre du matos à la gîte ou lorsqu’une vague passe sur le pont. La mer est énorme, quelle masse d’eau en mouvement, je perçois cependant les prémices d’une accalmie, ouf.


Non c’ est pas la Nuit, ou un Grain de Riz, de Sucre, un Grain de Beauté... ? Non un grain de Pluie. Je reprends mon récit du voyage après plusieurs journées difficiles ou il m’était impossible de rédiger sur l’ordinateur le vécu quotidien.


Mercredi 28 Mars (21 ème jour )
Position 30°.43.912. S- 102°.38.446. W GPS : 11138 Cap : 175° Sog : 4.5>5.8 nœuds
105 miles parcourus = 4.37 noeuds Moteur: 3h00 (charge batteries + désal)
Wind: EST 5>6 Be 20>25 noeuds établis pas de rafales
Mer : agitée Houle forte mais cela se calme
Ciel : Bleu avec nuages laiteux haute altitude vent plus frais on approche de l’Anticyclone Sud

Au réveil le soleil est au rendez vous et même s’il y a beaucoup de nuages gris, leur aspect est tout différent et le vent est frais. La mer et la houle se calment, il est certain que voila les prémices de l’influence de l’anticyclone. Il faut barrer un maximum, les conditions le permettent, ainsi on pourra plus facilement gagner de l’Est, lorsque l’on barre l’allure et le cap du bateau sont meilleurs, on voit, on sent, on anticipe.
Le baro a grimpé en flèche à 1033 htp , les cirrus et stratus hauts dans le ciel bleu remplacent les nuages de grains, le vent tourne lentement à ESE et s’établit à l EST. On avance bien. J’ai mis Carlos à la barre après un training d’une heure, insistant sur l importance d’une concentration permanente, surveiller la mer, le ciel, cap et vitesse du vent, je lui fais un peu peur en cas d’erreur ce serait grave pour nous, ainsi il se concentre un max avec un seul suppositoire MP3 . Ouf , enfin je lui ai trouvé un hobby et cela me permet de faire bien d’autres choses utiles à bord, comme un peu de nettoyage intérieur et de rangement. Trouvé aussi une solution au problème de port USB avec la connexion SailMail. Je me repose beaucoup et laisse Carlos s’amuser. Repas : pâtes-crème fromage-champignons. Carlos est de meilleure humeur, il a mal partout à ses petits muscles et avant de se coucher il se masse la nuque et les bras avec une pommade, l’effort a été pour lui énorme.... Ses problèmes de mal de mer, son abcès, sont en voie de guérison, le soleil, le ciel bleu, la mer semblent ainsi moins énormes... tant mieux car tout doucement j’arrivais à ma réserve de patience .... !
Je prépare le matos pour la réparation du point d’écoute du génois, je vais appliquer de chaque côté une plaque de 3mm en alu boulonnée de part en part + rivets pop. Demain il faut aussi transvaser 120 litres de gazoil.On se couche tôt, 19h30, avec 4 tours de rouleaux dans le génois, on va vite car la mer est assez calme.
Dès 22h30, je réduis déjà le génois, un vent froid souffle entre 20>25 nœuds et rend tout repos impossible, car Petrushka accélère, la lisse tribord dans l’eau, la nuit c’est pas rassurant.
00h30, je renvoie du génois et profite pour me brancher sur SailMail, cela fonctionne mais très lentement.
02h30, je réduis une nouvelle fois le génois , toujours ces rafales violentes de vent froid.
03h30, je renvoie du génois, on est planté on n’avance plus. La lune et les étoiles brillent. Ca repart.
05h30, je réduis une fois de plus, rafales à 24 nœuds. Il fait caillant, la mer est calme et belle.


La Mer que l’on voit danser.... celle-ci nous fait danser en permanence ......